De Wallon à Kojève
Lacan
Juan Pablo Lucchelli est psychiatre et psychanalyste à Paris. Membre de l'École de la Cause Freudienne et de l'Association Mondiale de Psychanalyse, il enseigne à l'Antenne Clinique de Genève. Docteur en psychanalyse, et en philosophie, il est l'auteur de nombreux articles de référence et conférences à l'étranger. Il a publié La Perversion (éditions Payot-Lausanne 2005), Le transfert, de Freud à Lacan ; Le malentendu des sexes et Métaphores de l'amour (Presses Universitaires de Rennes 2009, 2011 et 2012) ; Lacan avec et sans Lévi-Strauss (éditions Cécile Défaut 2014) ; il est également co-auteur d'un livre d'entretiens avec Jean-Claude Milner, Clartés de tout (éditions Verdier 2011).

Lacan

De Wallon à Kojève

Juan Pablo Lucchelli

 

Dans ce nouvel ouvrage, Juan Pablo Lucchelli explore les travaux initiaux de Lacan, bien avant sa rencontre avec ce que l'on nomme le structuralisme.

Si l'on situe communément le début de l'oeuvre de Lacan au début des années 50, suite à sa rencontre avec de l'œuvre de Lévi-Strauss, on méconnait souvent la période qui l'a précédée

Or, parmi les nombreuses références qui ont compté pour le jeune Lacan, les figures de Henri Wallon et d'Alexandre Kojève se révéleront décisives. Un travail d'analyse textuelle très précis des premiers écrits, et notamment de l'article « Les complexes familiaux », de 1938, permet de mettre ici au jour tout ce que Lacan doit à Wallon.

Kojève, quant à lui, est encore plus présent dans l'œuvre du psychanalyste : on sait combien il a marqué les jeunes années de Lacan, mais la découverte de quelques lettres inédites de Lacan à Kojève à la Bibliothèque nationale de France met en évidence l'omniprésence de ce dernier, même au-delà de la période structurale.

Ainsi, le travail d'analyse approfondi que Juan Pablo Lucchelli présente ici permet de dessiner la matrice d'une pensée qui va influencer Lacan dès le début de sa vie intellectuelle.

Dans la même veine, la découverte d'une citation précoce de Horkheimer jette des nouvelles lumières autant sur la notion de « déclin de l'imago paternelle » que sur le rapport de Lacan aux auteurs francfortois.

Le lecteur lira également avec bonheur un texte de 1936, resté inédit jusqu'à une date récente, que le philosophe devait écrire à quatre mains avec le psychanalyste.

 

ISBN: 978-2-8156-0032-3

 
 

 

ScjH

 

Editions Michèle      Collection Slgmund

http://www.editionsmichele.com

 

Œuvre de couverture et rabats intérieurs : «Le Banquet de Platon» d'Anselm Feuerbach (1829-1880) datée de 1871, huile sur toile. Seconde version du « Symposium », Galerie nationale de peinture, Berlin. Source : Wikipédia. photographie libre de droits.

 

 
A propos de « Lacan, de Wallon à Kojève », de Juan Pablo Lucchelli, aux éditions Michèle, 2017.

   Cher Monsieur,

Je tiens à vous signaler, dans la perspective du Prix Œdipe, l’excellent livre de Juan Pablo Lucchelli, « Lacan, de Wallon à Kojève », qui explore Lacan avant Lacan, ou plus précisément une période première, initiale, fondatrice chez Lacan. Celle-ci se cristallisera deux textes « Les Complexes Familiaux » et « Le stade du miroir », qui constitue d’une certaine manière le point névralgique à l’origine de son œuvre psychanalytique. Ce texte premier de Lacan condense en effet en lui-même la construction d’une pensée novatrice en psychanalyse d’un auteur qui deviendra un des noms clé dans l’histoire de la psychanalyse.

Le livre de Juan Pablo Lucchelli surprend dans le champ psychanalytique. Il innove en retrouvant les racines de la pensée de Lacan. Tout en mettant à disposition une étonnante érudition. Comme le signale Serge Cottet, qui en fait la préface, dont c’est à ma connaissance le dernier texte avant sa mort récente, le travail de Juan Pablo Lucchelli est une recherche « à la fois historique et épistémologique, …s’y déploie sur une partie de l’œuvre de Lacan un peu oubliée ». Il s’agit de la période qui va de 1933 à 1948.

Lucchelli enquête avec opiniâtreté pour mettre à jour l’ensemble des sources à l’origine de l’œuvre de Lacan et en particulier de ses deux écrits initiaux.

   Le livre retrace l’influence de Kojève et de Wallon sur le jeune Lacan. Lacan apparaît « à l’affut d’outils théoriques qui lui permettent de rendre compte et de la folie et de la psychanalyse » (Lucchelli, Lacan, de Wallon à Kojève, p.103). L’influence de Wallon s’avère décisive, alors que Lacan dans ses textes reste très discret sur cette source essentielle.  Lucchelli s’emploie à démontrer la proximité des concepts des deux auteurs. Dans « Les origines du caractère chez l’enfant » (1934), Wallon confronte l’enfant au miroir, à son image, à différents âges. Il fait valoir les différences que relève l’éthologie avec les singes supérieurs. Le texte rend compte de quelques découvertes philologiques inédites qui en disent long sur cette période de Lacan.

Passons en revue les découvertes présentées dans ce livre :

1) la première est la recherche textuelle de l’influence de Wallon sur Lacan. Même si l’auteur n’est pas le premier à la décrire, il lit de manière minutieuse le texte de Lacan et trouve des correspondances à tel point semblables que, comme le signale Serge Cottet, « l’apport de Wallon est si évident qu’on se demande ce qui distingue le psychologue de l’apport spécifique de Lacan ». Mais Lucchelli trouve aussi des traces du cours de Kojève sur Hegel, auquel Lacan assistait à l’époque, citons par exemple celle-ci, sous la plume de Kojève : « A ce stade [de l’esprit, que Hegel met en rapport avec l’enfance] l’être est morcelé » - or le « morcellement » est un des mots clé du « stade » du miroir;

2) Mais il y en a plus : Lucchelli a  découvert à la Bibliothèque nationale de France cinq lettres inédites de Lacan à Kojève de l’année 1935 où le psychanalyste donne des informations très précieuses sur ce qui se passe pour lui à cette période : il tient une sorte de séminaire à son domicile du 16ème arrondissement, où il développe une sorte de « cours bis » par rapport à celui de Kojève ; on apprend grâce à ses lettres, que des noms clés de cette période de la culture parisienne participent à cette sorte de premier séminaire de Lacan : Queneau, Bataille, Leiris et, le même Kojève !

3) Troisième découverte originale mise à jour par cet ouvrage : on apprend que Lacan cite Maw Horkheimer dans « Les Complexes Familiaux » ce dont personne ne s’était aperçu et, qui plus est, on apprend que c’est de Horkheimer qui provient le diagnostic de « déclin de l’imago paternelle », car il en parle en 1936 dans un ouvrage cité par Lacan dans « Les Complexes Familiaux ». Mais cette dernière découverte aurait des conséquences, selon Lucchelli car, si Lacan citait Horkheimer en 1938, alors il n’est pas impossible que la mise en rapport entre Kant et Sade ne provient de lui, car c’est Adorno et Horkheimer qui mettent en rapport les deux auteurs en 1955, soir 8 ans avant Lacan. Une analyse du texte « Kant avec Sade » éclaire ce point important.

   D’autres questions sont aussi évoquées dans cet ouvrage. L’auteur postule que les conceptions de la névrose obsessionnelle et le l’hystérie telles que Lacan les conçoit provient du cours de Kojève et de sa lecture des figures de l’esprit, à savoir le stoïcien et le sceptique. Ainsi, Lucchelli propose un « Kojève clinicien » et élucide les névroses lacaniennes à partir des concepts hégéliens et non de la clinique, y compris celle qu’utilisait Freud.

   Le travail de recherche de Lucchelli est donc très approfondi et parvient à des conclusions très hardies, comme celle-ci, à propos de l’art de la (non)citation chez Lacan : « nous constatons que Lacan pratique la citation d’une manière pour le moins paradoxale : plus sa dépendance est littérale, moins il cite. ». 

   Le livre publie également un texte inédit de Kojève, qu’il devait écrire à quatre mains avec le psychanalyste.

  Bref,  « Lacan, de Wallon à Kojève », de Juan Pablo Lucchelli  devrait pouvoir être considéré pour le prix Œdipe, il le mérite car on voit se déployer une authentique activité de recherche et peu commune.