La Cause freudienne n°55 (sortie 8 octobre)
Sommaire
Editorial
Quatrième de couverture

Des gays en analyse ?
Sommaire du n°55 de la Cause freudienne
Éditorial
Christine Le Boulengé, Homosexuel ou gay ?
L’orientation lacanienne
Jacques-Alain Miller, Religion, psychanalyse
L’expérience de la passe
Bernard Lecœur, L’exploit
Gabriela Dargenton, Ce que parler veut dire
Des gays en analyse ?
Jean-Pierre Deffieux, The Gay way of life et la psychanalyse
David Halfon, L’homosexualité dans l’œuvre de Freud
Éric Laurent, Ni Ganymède, ni made in gay
Marie-Hélène Briole, Père-version : une porte étroite
Philippe De Georges, L’ombre d’une " promeneuse redoutable "
Alain Merlet, Un homme distingué
Hervé Castanet, Un célibataire
Dominique Laurent, Les gays à l’époque de l’Autre qui n’existe pas
Lucia D’Angelo, Notes pour une actualisation de la clinique
Jacques-Alain Miller, Des gays en analyse ? Reflexion conclusive
Les gays et la culture
Yves Depelsenaire, Comme un grand arbre sans ombre : Pasolini
Philippe Hellebois, L’intuition d’André Gide
Céline Menghi, Mario Mieli: le " gai savoir " d'un gay
Jorge Alemán, Foucault et le " constructionnisme "
Dans les marges de la communauté gay
Rose-Paule Vinciguerra, Un prosélyte
Luisella Brusa, Contingence et structure d’une jouissance homosexuelle
Jacqueline Dhéret, Julien
Antonio Di Ciaccia, Le frère queer
Massimo Recalcati, La maison des femmes
Yasmine Grasser, Ambiguïté subjective
Délia Steinmann, À propos de " La femme rendue toute "
Travaux
Pierre-Gilles Guéguen, Foucault et Lacan à propos de Velázquez
Dominique Laurent, Le temps de la hâte
Pierre Naveau, La folie de Lol
Événement
Graciela Brodsky, Le principe de dissymétrie
Cabinet de lecture
Abstracts

Éditorial
La psychanalyse et l’homosexualité
Freud n’a pas manqué de croiser la problématique de l’homosexualité . S’il l’a abordée sous les divers aspects de sa théorie des pulsions, des destins du complexe d’œdipe et des identifications, il n’en a cependant pas fait une entité clinique : la question du choix d’objet sexuel, qu’il soit homo ou hétéro, tient à la particularité subjective de chacun, et la psychanalyse, dit-il, n’est pas appelée à résoudre le problème de l’homosexualité . Elle n’a pas pour objectif de modifier l’orientation sexuelle dans un sens ou dans l’autre - il serait tout aussi impossible, remarque-t-il avec humour, de transformer un hétérosexuel en homosexuel - mais de permettre à un sujet de se repérer quant à ses déterminations inconscientes afin qu’il puisse trouver la voie de son désir et se débrouiller avec les modalités de jouissance qui sont les siennes. L’homosexualité n’est donc pas un concept psychanalytique.
Freud sort par ailleurs définitivement l’homosexualité du champ des dégénérescences, des déviances ou des relaps, selon le mot de Michel Foucault, allant jusqu’à écrire à une mère qui l’implorait de soigner l’homosexualité de son fils que " plusieurs individus, hautement responsables, des temps anciens et modernes ont été homosexuels et, parmi eux, on trouve quelques-uns des plus grands hommes (Platon, Michel-Ange, Léonard de Vinci, etc.) " .
La psychanalyse est donc pour beaucoup dans l’acceptation sociale de l’homosexualité, comme en témoigne, a contrario, le sort fait aux homosexuels dans les régions où la psychanalyse n’a pas pénétré ou dont elle a été bannie, parce qu’incompatible avec un régime totalitaire . Cette inflexion des mentalités est moins due à l’opinion des psychanalystes - les analystes classiques étant plutôt rebelles à l’homosexualité - qu’à la circulation même du discours psychanalytique qui, par son ouverture à l’inconscient, a levé l’interdit de parole, ouvrant la voie à une acceptation, voire à une légitimation, des différents destins du désir, qui a conduit à la " normalisation " de l’homosexualité .
Cette normalisation a pris de l’ampleur dans nos sociétés occidentales, sous la forme d’un mouvement identitaire, le mouvement gay - pour la première fois, un nom a, non pas été assigné par l’Autre social, mais choisi par les intéressés eux-mêmes - qui a institué un mode de collectivité autour de ce signifiant, un style de vie et des revendications, tout autant de normalisation que de droit à la différence. Le mouvement gay est un mouvement qui a des effets de type thérapeutique, comme tous les mouvements identitaires ou communautaires qui font florès aujourd’hui face à la globalisation de la société. L’assignation de la jouissance sous un signifiant communautaire, identitaire - le signifiant gay - n’est en effet pas sans produire quelques soulagements, les soulagements propres à l’appartenance à une collectivité et, spécifiquement, l’allègement de la honte. Mais cette communautarisation sous un signifiant fait passer à la trappe les rapports que chaque sujet entretient avec son désir et avec sa jouissance. Elle néglige la singularité au profit du particularisme de la communauté.
D’où la naissance de la queer theory, appelée à répondre à cette difficulté en accentuant les particularités de chacun, au-delà de la communauté .
Il y a donc un reste que les identifications ne prennent pas en compte, voire qu’elles rendent plus coriace, et dont le sujet, qu’il soit homosexuel ou hétérosexuel, peut souffrir s’il ne trouve pas les conditions d’accord avec sa jouissance. C’est là que s’indique une clinique de la jouissance .
Cette clinique de la jouissance qu’est la psychanalyse s’oppose à toute clinique de l’identité : l’abord de la jouissance ne peut se faire qu’en érodant tous les signifiants-maîtres pour permettre au sujet de dégager son signifiant à lui tout seul, celui qui s’équivaut à ce qui peut s’écrire de sa jouissance.
Des gays viennent donc en analyse, aujourd’hui plus qu’autrefois. Reste à l’analyste à se faire docile au gay : il en tirera des enseignements cliniques essentiels, comme en témoignent les travaux recueillis dans le présent volume ainsi que l’inflexion donnée par Lacan à la psychanalyse à partir de sa prise en compte de l’homosexualité masculine .

Quatrième de couverture
Si Freud n’a pas manqué de croiser la problématique de l’homosexualité, il n’en a cependant pas fait une entité clinique : la question du choix d’objet sexuel, qu’il soit homo ou hétéro, tient à la particularité subjective de chacun, et la psychanalyse, dit-il, n’est pas appelée à résoudre le problème de l’homosexualité. Elle n’a pas pour objectif de modifier l’orientation sexuelle dans un sens ou dans l’autre, mais de permettre à un sujet de se repérer quant à ses déterminations inconscientes afin qu’il puisse trouver la voie de son désir et se débrouiller avec les modalités de jouissance qui sont les siennes. L’homosexualité n’est donc pas un concept psychanalytique, même si la psychanalyse est pour beaucoup dans son acceptation sociale, dans sa " normalisation ". Le mouvement gay témoigne de cette " normalisation ", qui n’est pas sans produire quelques effets thérapeutiques, mais qui, comme tout mouvement identitaire, laisse un reste - celui que constitue le rapport de chacun avec son désir et avec sa jouissance. C’est ainsi que des homosexuels s’adressent à la psychanalyse, comme clinique de la jouissance. Reste à l’analyste à se faire docile au gay : il en tirera des enseignements cliniques essentiels, comme en témoignent les travaux présentés ici.