A travers la correspondance entre Julie, une jeune fille désirant venir à Paris pour devenir psychanalyste, et un psychanalyste immergé dans les remous de l'histoire du mouvement analytique, J. Nassif aborde l'histoire du mouvement psychanalytique et la question de la formation du praticien.
Quatrième de couverture

Entre Genève et Paris, puis à présent entre Rome et Buenos Aires, les questions fusent entre une jeune fille qui voulait devenir psychanalyste, et qui l'est devenue, mais en Amérique Latine, et un psychanalyste, témoin avisé de l'Histoire du mouvement psychanalytique et qui s'essaie à le rester, malgré tous les soubresauts de l'Histoire actuelle et les puissances du refoulement de la psychanalyse qui sont mises en oeuvre.

La réédition de ce roman d'initiation épistolaire, où Julie pousse jusque dans ses derniers retranchements un psychanalyste usé sous le harnais en lui posant les questions les plus simples, trouve sa justification dans un épilogue évoquant la situation actuelle de la psychanalyse. Est-il permis ou interdit, dans la France d'aujourd'hui, ou même en Europe, de s'analyser avec quelqu'un qui ne serait pas médecin ni même psychologue ? Et faudra-t-il être dorénavant couvert par l'obtention d'un titre de psychothérapeute pour pouvoir se déclarer psychanalyste ? Un embryon de réponse est ici esquissé en profitant d'un va-et-vient entre la situation de la psychanalyse en Europe et en Argentine.

Elisabeth Gaudemer, pour Œdipe.org
25 novembre 2012
Jacques Nassif, Comment devient-on psychanalyste ?
Editions érès, 2012 (1ère édition 1999), 167 p

Dans cette nouvelle édition du livre de Jacques Nassif, intitulé : « Comment devient-on psychanalyste ? » initialement paru en 1999, viennent s’ajouter trois lettres à la correspondance entre Julie et Jean Say. Julie souhaitant devenir psychanalyste, par l’entremise de sa mère, va correspondre avec Jean Say, psychanalyste, au cours de l’été 1990 et, lui poser nombre de questions sur le métier et la formation de l’analyste. Les trois dernières lettres, portant sur la psychanalyse actuelle, sont rédigées onze ans après ce premier échange de courriers, entre les deux protagonistes.
On notera le choix du prénom de la jeune femme, Julie, pouvant être entendu comme ‘Je lis’ et, les prénom et nom de l’analyste, Jean Say, qui par prolongement donnerait :
‘J’ensei-gne’ car tout un chacun est à même de se saisir de ce qui, pour lui et par la lecture, va faire enseignement,
ou encore,
‘J’en sais-un bout’, marquant le temps d’avance de l’analyste, pour être lui-même ’passé’ sur le divan, ou avoir fait l’expérience du divan lors de son analyse.
Après avoir répondu aux questions telles que : pourquoi fait-on une analyse ? ou pourquoi paie-t-on son analyste ?, Jean Say, au chapitre « Les voies pour devenir psychanalyste », nous offre une jolie définition de la psychanalyse et de ce que devrait être la position de l’analyste : « Il y aura toujours quelqu’un, nous dit aujourd’hui le moderne sujet de la science, pour relever les erreurs d’un discours retraçant l’ordre du monde ou pour percer à jour ce qu’il recèle encore de mystères ; il n’y aura personne d’autre que toi-même, faudrait-il lui faire ajouter, pour découvrir la signification de tel lapsus, le désir que manifeste tel rêve ou le bénéfice que tu retires de tel symptôme.
Devenir psychanalyste, puis-je à présent vous répondre, c’est se donner personnellement les moyens d’offrir à un tel sujet, s’il le demande, d’être le témoin réservé d’une telle découverte, étant donc posé qu’elle ne peut se faire que par soi-même, mais non sans que l’on se soit donné le relais d’une écoute, au moins hypothétique, par un tiers, qui vous fasse entendre ce qui se dit derrière toute demande, et donc ce que l’on sait déjà à son insu même. » p.56
L’auteur donne également son éclairage sur la formation institutionnelle du psychanalyste en retraçant ce que Jacques Lacan, non seulement en tant qu’homme, avec notamment, sa personnalité, sa voix si singulière et inimitable, mais aussi, ses séminaires, la « passe », a apporté, dans le prolongement des travaux de Freud, à la psychanalyse. La succession/scission d’associations de psychanalyse allant de l’IPA jusqu’à l’Ecole Freudienne de Paris, la « scissiparité » qui s’ensuit et que l’on connaît, toujours d’actualité !
Au fur et à mesure des échanges sont tour à tour abordés les sujets de la clientèle, des demandes, des études universitaires, de la littérature, de l’installation, de la déclaration au fisc, etc… Mais l’accent est mis quant à la formation de l’analyste d’avoir un certain nombre d’années d’analyse derrière lui et de s’inscrire dans un travail avec d’autres pour pouvoir prétendre à exercer ce difficile métier qu’est celui de psychanalyste.
L’apport des trois dernières lettres permet de faire état de la psychanalyse en Europe, et notamment en Italie, après le vote du texte de loi donnant accès à l’usage du titre de psychothérapeute. Julie dans sa dernière correspondance y est alarmiste. Ecouter la parole de quelqu’un étant assimilé à un acte psychothérapeutique, elle décrit les dénonciations en nombre de psychanalystes non-inscrits à l’ordre des psychothérapeutes.
Jacques Nassif nous fait part, dans sa réponse à Julie et en conclusion, d’une note d’espoir quant au devenir de la psychanalyse. Il y aura toujours des êtres capables d’une éthique et par là même de cette écoute si particulière permettant de donner naissance à un sujet ; quand bien même cela devrait se faire sous couvert d’un titre mais au détriment de la perte du vocable : psychanalyste ?

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