la clinique mise à l'épreuve
En écho aux textes de Jean-Luc Graber, quelques-uns parmi ses proches l'accompagnent de contributions
originales : André Beetschen, Anne Bourquin-Chossegros, André Corel, Bernard Chervet, Jean Furtos et
Françoise Molénat. Ils lui rendent hommage dans l'esprit de rencontre et de réciprocité exigeante qui
inspirait son style de vie. Catherine Graberjoint sa voix à celles de ses fils et d'un frère de
Jean-Luc Graber pour nous en faire partager quelques traits. »

René Kaës

Jean-Luc Graber

Penfant, la parole et le soin

La clinique mise à l'épreuve

« Écouter, soigner, comprendre, assurer le passage, ces quatre maîtres mots forment des repères probables
pour rencontrer l'œuvre vivante de Jean-Luc Graber, pédopsychiatre et psychanalyste disparu en octobre
2000. Cet ouvrage en témoigne qui rassemble une sélection d'une quinzaine de ses textes parmi les plus
importants. Tous dessinent un espace où la clinique et le travail patient de la théorisation, le soin et
l'invention de dispositifs institutionnels novateurs se mettent mutuellement et constamment à l'épreuve.

Jean-Luc Graber était assurément un remarquable clinicien, doué de cette écoute qui fait surgir chez l'autre
la parole jusqu'alors "avortée dans le symptôme", comme il l'écrit dans le texte qui inaugure ce livre,
perdue dans les "balbutiements du corps", sidérée par l'effroi de la folie et de la mort. Son expérience
clinique quotidienne engagée auprès des patients, notamment des enfants, mais aussi auprès de tous ceux
qui ont la charge et le souci d'en prendre soin, lui imposait de comprendre, de nommer ("l'annonce du
handicap"), d'être attentif à "l'usage du secret", de déjouer les pièges "du double et de l'identité spéculaire".
On reconnaîtra, en le lisant, combien sa formation de psychanalyste inspirait son intelligence et son éthique.

Son extrême attention au "travail" du passage entre l'enfant, l'adolescent, les adultes, entre le champ
médical, social, éducatif, psychiatrique, psychanalytique, l'a conduit à prendre l'initiative de plusieurs
dispositifs de soin pour "accueillir l'enfant psychotique". Plusieurs écrits rendent compte de l'approche
institutionnelle originale que ce médecin résolument engagé dans le service public sut mettre en œuvre avec
conviction et générosité.

Cet ouvrage peut assurément être lu comme le témoignage de l'empreinte que ce clinicien singulier, ce
passeur constant, ce penseur rigoureux a laissé dans sa génération et dans celles qui l'ont suivie. Il est aussi
un regard rétrospectif sur trente années d'une psychiatrie qui sut défier les nombreux pièges normatifs et
instaurer une écoute du sujet en souffrance, au lieu de l'administrer depuis des savoirs déjà établis et des
procédures écrites à l'avance.