A quoi résiste la psychanalyse ?
Pierre-Henri Castel
Parution le 3 novembre 2006
Collection y Science, histoire et5ociété »
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n pourra juger personnelle, décalée, polémique la voix qui s'exprime ici :
elle se veut d'abord une défense en raison de ce qu'est la psychanalyse.
En effet, dans le contexte polémique actuel souvent très dur, les réponses
des psychanalystes aux attaques dont ils ont été la cible ont été en général très faibles,
se résumant à dénoncer te scientisme qui s'attaquerait à une intouchable subjectivité,
voire à extraire de Freud un néo-humanisme qui offrirait un moyen de résistance morale
à la « crise »du sens.
Cet essai prend le contre-pied de ces arrangements avec l'air du temps, en prenant un
recul de vingt-cinq ans, appuyé sur une chronologie et une bibliographie très détaillées.
Se demandant à quoi résiste la psychanalyse : à quelles réfutations savantes, à quelle
adversité sociale, mais surtout à quels dévoiements internes, il travaille dans trois
directions. Dans un premier temps, il s'efforce d'élargir le contexte intellectuel des critiques
épistémologiques adressées à la psychanalyse : quel genre de science veut-on que soit
la psychanalyse, pour ensuite lui dénier cette qualité de science ? Que prouve,
au juste, ['histoire de la psychanalyse contre les théories de Freud ?
Ensuite, il se livre à un examen sans concession des dévoiements internes de la psy-
chanalyse. autour d'un fil rondurtpur • la psychanalyse ne fournit aucune « généralités
psychologiques » sur PHomme. Plusieurs figures de cette prétention généraliste sont
alors dénoncées : la neuropsychanalyse, renseignement universitaire du freudisme,
le dogmatisme du « sujet ».
Enfin, le livre met en cause la transformation culturelle, parfois politisée, de ces pré-
tendues généralités psychanalytiques en généralités normatives, dans la méconnais-
sance profonde des enjeux de l'individualisme contemporain et de ses mutations.
On y suggère pourquoi tes débats sur les psychothérapies, la sexualité et la filiation,
le bien-être psychique, la « vraie » liberté, etc., sont des sirènes extrêmement dangereuses,
et pourquoi les prises de position des psychanalystes y sont souvent malvenues, voire
carrément autodestructrices. L'ouvrage conclut sur les chances paradoxales qu'offre
le discrédit de la psychanalyse à une mobilisation plus authentique et plus humble
de ceux qui s'y investiraient, et qui, en cela, ne manqueraient certes pas de bonnes raisons.