Confluents Psychanalytiques
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Un génocide aux déserts de l'inconscient


TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE de René Kaës

Avant-propos: Mes trois divans 1

Comment peut-on être Arménien? 15

Une Arménienne à l'école 37

À la recherche d'une relation au père soixante ans après un génocide (lecture de Embarquement pour l'Ararat de Michael Arlen) 55

Terrorisme d'un génocide (10 août 1915, mercredi, tout ce que j'ai enduré de l'année 1915 à 1919 de Vahram Altounian) 81

Un non-dit bien entendu 119

Faute de parler ma langue (lecture du Miniaturiste de Martin Melkonian, chapitre: "Parler") 123

L'implosion d'une lecture, un contact mortel pour la vie (lecture du Miniaturiste au colloque:
"Le nouveau paysage intérieur, fragments du monde arménien 1975-1985 ") 151

De L'Arménie perdue à la Normandie sans place (lecture de La Place d'Annie Ernaux) 171

Viol et silence (lecture du Viol du silence d'Éva Thomas) 203

Transfert et territorialisation (lecture de Les Arméniens et la prégnance du lieu
communautaire de Martine Hovanessian) 217

Annexe (discussion au colloque: "Le nouveau paysage intérieur" 231

Bibliographie 243


Commentaire :

L'ensemble des textes de ce recueil, pour la plupart parus ces dernières années dans Les Temps modernes, témoigne d'une réflexion historique (le drame vécu par le peuple arménien) et d'une élaboration psychanalytique (l'histoire familiale de l'auteur).

Depuis son premier essai paru dans les Temps Modernes en décembre 1975, Janine Altounian n'a cessé d'écrire dans cette même revue, sept textes en tout, réunis dans l'ouvrage "Ouvrez-moi seulement les chemins d'Arménie", qui est en quelque sorte un recueil, rassemblant et traduisant, au-delà de l'hétérogénéité et de la discontinuité apparente de chaque partie, la volonté de cette quête de la mémoire; c'est l'effort pour: "assurer l'emprise du déni et de l'ignorance". Ces essais sont repris dans l'ordre chronologique de leur parution aux Temps Modernes.

"Comment peut-on être Arménien" constitue son premier texte qui prend corps en 1975, année du Soixantième Anniversaire du génocide. Année de parution du livre de J.M. Carzou "Arménie 1915". Un génocide exemplaire; année aussi où Charles Aznavour chantait "Ils sont tombés..:'.
Ce texte rend compte du "désir de s'approprier son Histoire"; mais aussi de témoigner. "Pour croire encore à l'existence de leur race, il faut que les exilés mettent en valeur les faits de leur culture", ils doivent croire en eux, en ce qu'ils ont été, en ce qu'ils sont, mais aussi convaincre les autres de leur existence. C'est là le scandale de leur situation.

"Une Arménienne à l'école" interpelle les travailleurs sociaux ou psychanalystes "qui écoutent les enfants de migrants ou de prolétaires". C'est un témoignage de sa propre enfance et ses réflexions inspirées de son travail dans un lycée de la banlieue parisienne. `tes transplantés ne sont pas les seuls migrants. Un enfant prolétaire ne l'est pas uniquement parce que son père travaille à l'usine, il l'est aussi parce que celui-ci a perdu l'accès à sa propre culture, à celle qui aurait pu être la sienne".

"A la recherche d'une relation au père soixante ans après le génocide" est une analyse à travers le livre de Michael Arlen ("L'embarquement pour l'Ararat") de cette recherche de l'identité arménienne. "Ce livre pose la question de l'intégration possible de notre passé, intégration qui alors seulement, pourrait devenir créatrice d'une situation nouvelle":

"Terrorisme d'un génocide" est la traduction en français du journal que rédigea son père à son arrivée en France en 1921, et qui relate les événements qu'il a vécus lors de la déportation, où elle retrouve dans ces pages une partie des récits qui ont peuplé son enfance.

"Faute de parler ma langue" traite du rapport à la langue d'origine à cette langue qui a été perdue. "Cette première langue qui ne cesse d'être pour le restant de nos jours un appel". A cette langue de contrebande comme disait J. Hassoun. Ou pour ne citer que Lacan "Cette langue entre autres qui ne serait rien de plus que l'intégrale des équivoques que son Histoire y a laissées persister".

"Viol et silence" est une réflexion et une étude à partir du texte d'Eva Thomas, du crime de l'inceste. Car les processus de dépersonnalisation des individus sont toujours les mêmes, qu'ils soient utilisés dans les camps de concentration, le dressage des tortionnaires,... ou l'inceste".

"De l'Arménie perdue à la Normandie sans place" poursuit et complète sa réflexion sur l'école et le rapport à la littérature de la culture d'exil. Le noyau de ce recueil étant le texte paternel, document où le "témoignage d'un survivant est fondateur d'une mémoire". Textte serti par les autres, afin d'essayer "de traduire cette déréliction parentale que l'enfant esseulée sur le mirador d'un divan avait jadis ressentie, hors langage":

Janine Altounian a sa façon toute particulière de transmettre l'émotion, par une utilisation des mots aux limites de l'art poétique. Après trois générations d'effort elle avait acquis ce plaisir, "ce luxe si incongru pour ceux qui survivent au génocide : le plaisir de penser": Après Soumgaït, après le séisme, que faire ? Qu'en faire ici et maintenant ? Traduire Freud ? Dissimuler, taire dans des séances de travail ses véritables objets". Il lui fallait inscrire quelque part, pour se déposséder de cette mémoire, de cette grand-mère assise au bord du Divan (Sedir/Desir) devenu son lit pour la nuit, qui lui apprenait le signe de croix et la prière en arménien. "J'ai écrit par nécessité, sous la même contrainte que mes parents survivants du génocide, celle de survivre".