Soumis par Anonyme (non vérifié) le

Soumis par Anonyme (non vérifié) le jeu 13/01/2011 - 00:00

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Par bon-heurt, la promenade dans la langue de Robert Walser, à laquelle nous invite Philippe Lacadée, s'est nouée à la promenade dans Lisbonne que j'avais programmée pour cette fin d'année espèrant y trouver un soulagement à l'insupportable qui ne me lâchait pas depuis ce matin d'automne où, ce que Philippe Forest appelle le mal absolu, s'est abattu sur le cercle familial, la mort brutale d'une enfant de cinq ans.
J'avais, en effet, emmené dans ma valise, parmi d'autres ouvrages, celui de Ph. Lacadée, pour une relecture.
La lecture tout à fait nouvelle de ce texte dans le nouage baroque de la sonorité de la langue de l'Alfama et celle de Walser, en appela à ma lalangue et fut une réelle consolation.

Soumis par catherine Laville (non vérifié) le lun 24/01/2011 - 00:00

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Robert Walser, le promeneur ironique
Philippe Lacadée
L’auteur commence et finit son livre par ce point dans la neige ,le corps de Walser retrouvé mort le soir de Noel 1956, point de départ d’un feu d’artifice dont les chapitres permettent de relier autant que d’approfondir au fil des pages, les éléments de son sujet : Les enseignements psychanalytiques d’un roman du réel. Si Walser désire être le seul à entendre ce qu’il dit, Ph.Lacadée semble vouloir faire apprécier d’un large public l’œuvre d’un écrivain de langue allemande de la première moitié du 20ème siècle.
Pour Freud et Lacan « les créations poétiques engendrent les créations psychologiques » du fait de la fonction évocatrice du langage. Walser, en écrivant son œuvre a pu soutenir son corps et se maintenir dans une certaine santé mentale. « Est-ce que gribouiller ‘au fond, ce ne serait pas avant tout cela : tournailler ou errer sans cesse autour de l’essentiel, comme s’il pouvait y avoir quelques gourmandises à tourner autour do pot. Le pot, ce qui fait trou est ce qui a manqué à Walser, ce que ses parents ne lui ont pas présenté dans son enfance, un hors sens qui le laisse démuni dans l’existence.
Lacan dit : « c’est dans la dialectique de la demande d’amour et de l’épreuve du désir que le développement s’ordonne »(p82).Dans son dramolet « l’Etang », le héros simule une tentative de suicide pour vérifier l’amour de sa mère. C’est autour de cet évènement qu’il se met à écrire et trouve une voie en nouant son être à la langue. Freud disait que le poète précède le psychanalyste. Tout au long de son livre Ph.Lacadee relie l’œuvre de Walser aux concepts et dits de Lacan qui s’éclairent l’un l’autre. Cette approche par la psychanalyse, explicitant les rouages du fonctionnement de l’humain, apporte un regard différent sur la maladie mentale. Les prises de positions subjectives de Walser renvoient aux questionnements de chacun plus ou moins nuancés .A savoir : comment utiliser le langage, quoi faire de son corps, comment accéder au savoir, quelle juste position adopter dans le rapport à l’autre.
Ph. Lacadée témoigne d’un respect tout particulier envers l’écrivain ; il écrira à son sujet : Il est dit fou, ou parle de la position du psychotique en rapport avec le choix de Walser de s’entendre lui-même, ou de sa schize (p 170) pour dire sa confrontation entre deux contraintes :le sens des mots ou leurs résonnances. Walser a fait le choix forcé de se laisser prendre par la jouissance de l’entendu d’avant le sens. Il décide de ce choix, en est responsable mais sans pouvoir faire autrement. Entendre les homonymies entre les mots, aller les rechercher à l’extérieur au cours de ses sorties dans la nature ou auprès de ses employeurs. Toutes ces sonorités, ces voix qu’il nomme « le lac acoustique » l’émerveillent. Il « j’ouis » des résonnances au point que les mots prennent les commandes de tout son être et le surgissement de choses incongrues dans l’entendu le persécute aussi .L’écrit fait valoir le sens des mots, aussi s’en sert-il pour composer avec son réel, le difficile, l’objet voix et tenter de se relier au sens commun pour faire lien social.
Pour parler de son écriture Walser emploie le mot parole comme si c’était la même chose. « L’ors qu’il m’arrive occasionnellement de scribouiller….j’expérimentais sur le terrain de la parole… » .Son écriture est telle un territoire sonore et comme le dit Ph.Lacadée, les précipitations des sons entendus, directement sur la feuille blanche évoquant le terme de Lacan : « lituraterre »car la lettre seule ne permet pas de communiquer. L’écriture au crayon était plus reposante. Plus tard, les microgrammes illisibles, purs traits sans signification pour l’autre, dénoué du sens susceptible de valoir pour le réel. Son écriture , le 4ème cercle qui relie les trois instances du nœud Borroméen de Lacan, constituant la réalité psychique : Le réel, le symbolique, l’imaginaire, est sa solution, son « synthome » pour soutenir son être et son corps. Tous les héros des romans de Walser représentent une part de lui-même. Le savoir sensibilise à l’approche de son style parfois très énigmatique, un style labyrinthique, le labyrinthe ayant pour fonction de se recentrer dans le monde.
Si Walser se dit dans ses livres (sa position ironique de commis aux mots, ses sourires et dénonciations, le refus de céder au désir de l’autre, le refus d’en passer par les conventions sociales et de ne pas recourir au discours établi) ne suffit-il pas à articuler son désir de vérité ?Lacan dit « Si l’homme veut se dire à l’Autre, s’il veut articuler son désir de vérité, il faut qu’il consente à sacrifier quelque chose »cité par Ph Lacadée p 161.
La langue a plusieurs fonctions et c’est selon la façon dont on s’en sert qu’elle permet cette articulation. Walser se sert du pouvoir de néantisation de la langue. Il se sert d’un conte connu de tous, Cendrillon, pour réécrire une histoire surprenante en retournant le sens originel pour le contrer.IL invente des personnages préoccupés, proches de la réalité, et qui ne peuvent se rencontrer. Ce réel des êtres offre aux lecteurs l’éveil de la conscience et la joie de lire une histoire fabuleuse plus proche de la vérité. Mais là les mots ne mentent pas en effet, ils produisent une vérité. Walser utilise la langue pour dénoncer le semblant, le mensonge. Il insiste à ne pas se faire dupe, attitude qui déconsidère la présence de l’autre. Ses héros ne s’articulent pas les uns aux autres, cependant que ce livre est très touchant.
C’est tout de même paradoxal cette cloison entre son monde intérieur riche, sa finesse d’esprit et la pauvreté de sa vie sociale, le fait d’être décalé et de se faire traiter d’idiot. Lacan dit « ..par quoi le langage, s’il ne remplit certes pas tout, structure tout de la relation interhumaine. »(P160).Walser se sert des mots pour se mettre lui-même en opposition, à l’écart des autres et des codes sociaux de son époque qui servent de liens entre les hommes.
Ph Lacadée dit : (P160) : « Pour Walser » , Le mot réalise la chose, il ne se réduit pas à être le reflet de l’être des choses. C’est ce qui se passe quand Walser dit « quand tout est si blanc on est bien meilleur à l’école « car le blanc (weib) évoque le savoir (ich weiss=je sais) par une sonorité similaire. De là, la blancheur de la neige est le lieu du savoir et de la connaissance, à partir de l’écoute de la résonnance de sa propre voix. Ce savoir nous dit Ph Lacadée vient à la place de ce qui ne s’est pas signifié, du désir de l’autre et qui l’a laissé en plan. Walser se fait l’écholié du langage.
Il n’a pu se détacher du poids des mots qui ont pris le pouvoir sur son existence. Il est devenu le corps des mots et en fut prisonnier. La construction de son roman du réel comme il le nomme lui-même visait aussi à faire taire ce surplus de sensations éprouvées en les symbolisant par ses créations romanesques afin de « se séparer de la vie comme d’une veste déchirée ». C’est ce que ph;Lacadée dit sous cette forme :le mot tue la chose. ²

Soumis par Hélène Maitre (non vérifié) le lun 11/04/2011 - 00:00

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ROBERT WALSER
LE PROMENEUR IRONIQUE de Philippe Lacadée

Ma première rencontre avec Robert Walser a été avec son livre « Le Brigand » qui me fut recommandé. Mais dès les premières lignes et puis les premières pages, je fus exclut du texte, jetée au dehors sans aucune possibilité d’accès. Déçue, j’ai donc posé le livre avec un certain sentiment d’hostilité envers ce Robert Walser dont les écrits, pourtant traduit en français, m’étaient inaccessibles. J’ai aussitôt pensé que je n’étais pas dotée de suffisamment de savoir ou d’intelligence peut-être, pour attraper ce qui était si formidable à lire dans ce livre comme on me l’avait dit. J’ai donc mis « Le Brigand » au placard dans ma bibliothèque, jusqu’au jour où un psychiatre et psychanalyste du nom de Philippe Lacadée sorti un livre qui s’intitulait : « Robert Walser Le Promeneur Ironique » (Enseignements psychanalytiques de l’écriture d’un roman du réel). Robert Walser réapparaissait dans ma mémoire ! Je me suis alors précipité sur l’achat de ce livre pensant y faire une autre rencontre avec cet auteur que j’avais trouvé si difficile. Le livre en main, j’ai commencé à lire avec précaution et quelques idées préconçues, je dois le reconnaître. Je m’attendais à quelque chose de compliqué mais dès l’introduction, je fus amadouée. En effet, elle débute comme un roman. Avec des mots simples, elle raconte l’histoire d’un homme retrouvé mort dans la neige, le jour de Noël. Séduite, j’ai eu envie de continuer la lecture, envie de connaître cet homme mort dans la neige, enfin, faire la connaissance de Robert Walser grâce à Philippe Lacadée. Plus le livre avançait, et plus ce Promeneur Ironique devenait attachant. Je compris alors que Robert Walser était un être singulier qui voyait sûrement le monde par une autre lucarne que la mienne. Je voulais comprendre et choisis, sans a priori, d’apercevoir le monde de R.Walser. Le titre du livre nous indique que ce roman du « Brigand » est « l’écriture d’un roman du réel » Je n’avais pas l’habitude de lire de telles choses. Ph.Lacadée explique très bien que R.Walser s’incarne dans chacun de ses personnages, qu’il soit homme ou femme, ce qui est pour lui « un abri et une liberté » Dès que j’ai eu cette clé en main, l’écriture de Walser s’est ouverte à ma compréhension, jusqu’au plaisir souvent. Tous les personnages sont comme l’auteur assez seuls, insignifiants, presque invisibles et soudain, certains deviennent philosophes, poètes, et pourquoi pas, parfois psychanalystes notamment quand il fait dire au brigand, page 97 : « … il savait ce qu’on ressent quand on pleure, la douleur de l’âme lui était apparue comme un paradis. » ou encore, page 116 : « que ce sont justement nos privations, nos renoncements volontaires, nos combats avec nous-même qui font grandir nos satisfactions » cela ne relève-t-il pas d’une analyse ? Plus j’avançais dans la lecture du livre de Ph.Lacadée, plus je trouvais que la sensibilité de R.Walser ressemblait à la mienne. Il n’y a aucune prétention dans ce que j’écris, bien au contraire, je veux dire par là, que si R.Walser, cet auteur singulier est fou comme certains ont pu le croire, alors nous sommes tous fous, et lui peut-être moins que les autres. Je dis cela parce que je trouve qu’il est doté d’une sensibilité acérée qui lui permet d’entendre ce que d’autres, nombreux, n’entendent pas, en particulier la sonorité des mots, de la langue qui pour lui, nous dit Ph.Lacadée est « porteuse de poésie et d’évocation plutôt que de communication ». Cet homme, assez seul, vivant dans une mansarde passait son temps à écrire et aussi à marcher, jusqu’à 80 kilomètres par jour. Il savait regarder, écouter la nature, le bruissement des feuilles dans les arbres, le chant d’un ruisseau, le silence de la neige. Il savait percevoir bien des choses qui l’enchantaient, et en particulier la sonorité des mots. Il disait : « Les mots ont leur propre volonté » et encore : « Je me prête l’oreille pour m’entendre parler » Je trouve ce Walser étonnant, intelligent, sachant faire avec la vie qui lui a été donné, il a trouvé des solutions, des inventions.
Ce livre, « Le Promeneur Ironique» m’a donné les clés pour saisir cette œuvre difficile de R.Walser. Son auteur explique de façon claire et explicite que l’écriture servait à R.Walser « à nouer ce qui en lui fuit, se dissocie, s’éparpille en pièces détachées » car il n’avait pas reçu de l’Autre, de sa mère notamment, une femme « saisie de violents accès de colère ou de peur, aux gestes incohérents et parfois dangereux… », l’image qui « aurait habillé son être d’objet », et donc, « sa vie était trop directement en prise avec le réel ». Il trouve alors la solution de l’écriture où, comme lors de ses promenades, il va errer dans les mots, trouver la sonorité, revêtir le costume de chacun de ses personnages et surtout devenir « un ravissant zéro tout rond », un homme à tout faire, le commis, la servante pour éviter tout rapport à l’Autre. Philippe Lacadée nous dit page 84 que R.Walser « consent à sa transformation ironique en servante de l’Autre, ce qui lui permet de « gaminer » c'est-à-dire de servie l’Autre tout en y jouissant de sa vie de gamine » C’est ainsi « le secret du bonheur » de R.Walser. Il invente sa liberté du lien social en devenant « un ravissant zéro tout rond »
De plus, sans le livre de P.Lacadée, comment comprendre que R.Walser arrête l’écriture à la plume pour la miniaturiser au crayon. Jamais je n’aurais pu m’imaginer, faute d’un certain savoir, qu’un être puisse souffrir au point de se créer un autre territoire sonore qu’il appelait « le territoire du crayon » où là, « il pouvait jouer de la langue, batifoler sans que la langue du sens commun puisse venir le parasiter ». Ce livre me permettra, à l’avenir, d’apporter un regard plus précis sur certains êtres différents, souffrant comme Walser de choses qui nous paraissent à nous insignifiantes, inimaginables, incompréhensibles. Page 125, P.Lacadée nous parle de « l’importance du rire » pour Walser. Il dit : « qu’elle est une arme pour se défendre du réel » et Peter Utz précise que « le rire protège R.Walser de sa tension relationnelle à l’Autre »
Que de découvertes, de plaisir et de satisfactions j’ai pu rencontrer dans ce livre, « Le Promeneur Ironique ». Grâce à lui j’ai réussi à rentrer dans ce monde de l’écriture de R.Walser, où j’y ai rencontré un homme singulier, autre mais attachant tant par la justesse de ses mots que sa poésie, la drôlerie et l’ironie de ses personnages qui tous le représentaient parfois dans ce qu’il était ou parfois aussi dans ce qu’il n’était pas, mais qu’il aurait pu être.
Je tiens à remercier Philippe Lacadée pour ses enseignements psychanalytiques des plus précieux, aussi bien pour « Le Malentendu de l’Enfant », que « L’Eveil et L’Exil » et enfin « Robert Walser Le Promeneur Ironique ». Ce dernier nous permet de pénétrer dans un monde hors du commun qui n’en ai pas moins intéressant. Ces enseignements nous rendent humbles face au monde et à la complexité de l’être humain.

Hélène Maitre