Soumis par Chedri Stefan le
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Organisateur(s) du congrès
Déroulement
Madeleine Abassade, chargée de l’action culturelle à l’Institut Marcel-Rivière de la Verrière (15/06, 21/06) Alain Abelhauser, psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique (18/06) Claude Allione, psychanalyste, directeur de l’Institut de formation Audit (19/06) Olivier Apprill, journaliste, Arte (15/06, 17/06, 18/06, 19/06)
Philippe Borrel, réalisateur (18/06) Bruno Boussagol, metteur en scène de la troupe « Aujourd’hui ça s’appelle pas » (20/06) Antoine Boutet, réalisateur (18/06) Catherine Caleca, psychologue clinicienne, MCF (15/06, 18/06) Barbara Cassin, philosophe (15/06, 19/06, 20/06) Julie Caupenne, professeur de Lettres, ADA (17/06) Stefan Chedri, psychanalyste (15/06) Chandra Covidassamy, psychiatre, psychanalyste (15/06, 18/06) Patrick Coupechoux, journaliste, auteur de Un monde de fous : Comment notre société maltraite ses malades mentaux, Seuil, 2006 (18/06) Jean-Pierre Daniel, réalisateur (17/06) Valérie de Saint-Do, journaliste, Cassandre/Horschamp (20/06) Bertrand de Solliers, réalisateur (15/06) Bernard Dhaussy, infirmier en hôpital psychiatrique (19/06) Franck Drogoul, psychiatre, psychanalyste, revue Institutions (18/06) Sophie Dufau, journaliste, Médiapart (16/06) Patrick Geffard, enseignant, praticien de la pédagogie institutionnelle (19/06) Sylviane Giampino, psychanalyste, psychologue petite enfance, pas de 0 de conduite aux enfants de trois ans (16/06) Anne Golse, psychologue clinicienne, MCF en sociologie (19/06) Roland Gori, psychanalyste, professeur émérite des Universités, initiateur avec Stefan Chedri de l’Appel des appels (16/06) Françoise Gorog, psychiatre, chef de service de l’Institut de psychanalyse du centre hospitalier Sainte-Anne, psychanalyste (15/06, 18/06) Jean-Jacques Gorog, psychiatre, pédopsychiatre (20/06) Marie-Pierre Jaury, réalisatrice (16/06) Ilan Klipper, réalisateur (19/06) Dominique Lanza, psychologue clinicienne (18/06) Michel Lecarpentier, psychiatre, clinique de La Borde (19/06) Sophie Legrain, ingénieure d’étude (15/06) Marie-José Mondzain, philosophe (21/06) Mathilde Monnier, directrice du centre chorégraphique de Montpellier Languedoc Roussillon (21/06) Jean-Jacques Moscovitz, psychiatre, psychanalyste (18/06) Valérie Mréjen, réalisatrice (18/06) Bertrand Ogilvie, psychanalyste, professeur de psychologie (17/06) Jean Oury, psychiatre, directeur de la clinique de La Borde (19/06) Nicolas Philibert, réalisateur (19/06) Edwy Plenel, directeur de Mediapart (18/06) Marie-Blanche Régnier, vice-présidente du syndicat de la magistrature (19/06) Nicolas Roméas, directeur de la revue Cassandre/Horschamp (15/06, 19/06) Pierre Suesser, pédiatre en protection maternelle et infantile, pas de 0 de conduite aux enfants de trois ans (16/06) Valérie Urréa, réalisatrice (21/01) Catherine Vidal, neurobiologiste, directrice de recherche à l’Institut Pasteur, pas de 0 de conduite aux enfants de trois ans (16/06)
Lieu :
au cinéma Les 3 Luxembourg 67, rue Monsieur Le Prince, Paris 5ème
L’évolution actuelle de la psychiatrie vers la santé mentale ne repose pas sur une exclusion stigmatisante mais au contraire sur une inclusion toujours plus étendue des populations dites « à risques » de par l’extension sociale de la norme et des dispositifs de contrôle. Il y a donc véritablement un gommage anthropologique de la folie et des souffrances psychiques et sociales, lesquelles se trouvent réduites à des troubles du comportement.
Cette extension sociale de la norme et des dispositifs de gestion des populations à risques explique tout autant la transformation des savoirs sur la folie que les injonctions technoadministrative modifiant les pratiques des soignants.
La préférence pour les savoirs neurogénétiques, au-delà de ce que les recherches du même nom apportent, disculpe la société de la part qui est la sienne dans la fabrique de la folie et justifie le traitement des déviances sociales par des dispositifs sécuritaires de dépistage et de gestion des risques, supposés biologiquement déterminés. Du coup la psychiatrie, rebaptisée santé mentale, inclut toujours plus de personnes dans son dispositif, permet des intrusions de plus en plus précoces et de plus en plus féroces dans les espaces de l’intimité. Cette recomposition idéologique du champ de la « santé mentale » bouleverse les pratiques soignantes au profit d’une gestion toujours plus instrumentale au sein de laquelle le patient psychiatrique, notre frère en vulnérabilité psychique et sociale, se trouve pris dans les rêts d’une médicalisation qui le chosifie et l’expose à la marchandisation autant qu’à la violence déshumanisante.
En contrepartie de cette nouvelle forme de capture des souffrances psychiques et sociales dans des dispositifs frénétiquement sécuritaires et biologisants, les patients et leurs familles se voient concédés un statut social de victime (de leur nature ou de leur environnement), de porteurs de handicaps à dédommager ou de clients de soin à satisfaire.
Ce démantèlement de la psychiatrie n’a été possible, là comme dans les autres services publics, que par une alliance idéologique libéro-libertaire mettant en pièces le pouvoir psychiatrique en tant que représentant du pouvoir de l’État, dans ses fonctions psychiques autant que sociales, et la colonisation progressive de ce champ de ruines par les forces du marché. Ainsi s’explique peut-être la violence de certains affrontements théoriques et institutionnels, par exemple à propos de la petite enfance ou des traitements psychiatriques, moins par la nécessaire confrontation scientifique de leurs résultats ou de leurs concepts que par leurs utilités sociales et politiques.
Aujourd’hui, il s’agit moins d’exclure le fou que d’inclure toujours plus au nom de la dangerosité qu’ils représentent les individus et les populations à la marge, façon comme une autre de masquer un retour des classes dangereuses que les crises financières et économiques autant que politiques et culturelles favorisent.
Les documentaires proposés retracent le moment fécond d’expériences innovantes montrant qu’il est possible de prendre soin de la folie et de la souffrance psychique, point de réel de toute «humanité dans l’homme». A distance du pouvoir asilaire qui exclut, autant que de la contrainte normative des réseaux de santé mentale qui appauvrissent le vivant dans sa diversité et sa singularité – ce qu’illustrent certains documentaires – d’autres attestent de l’histoire sans cesse recommencée de ceux qui prennent soin de la folie en tant qu’elle reflète l’expérience tragique de la condition humaine et la manière dont une société la capture et la qualifie.
Roland Gori