Dans les sociétés occidentales contemporaines, la vieillesse constitue un impensé. Probablement même qu’il s’agit pour l’idéologie et le discours dominants d’un impensable.

Pour des raisons assez simples : la mort, pour des raisons diverses, en particulier la technicisation sans cesse accrue qui précède sa survenue, a été mise à l’écart du quotidien et repoussée toujours au delà des limites de ce qui paraissait possible. La mort est devenue quelque chose de caché, de clandestin, donc d’absolument effrayant. La vieillesse et les vieillards, qui en sont l’incarnation, constituent la matérialité de ce qui est annonciateur de la mort.

C’est pourquoi, les vieillards on ne PEUT pas les voir, on n’a qu’une envie, c’est qu’ils disparaissent afin que disparaisse de notre horizon mental ce dont ils sont la préfiguration.

Dans ce paysage idéologique, l’existence contestable et le discours élaboré autour de la « maladie d’Alzheimer » vient à point nommé. Evacuée la question de la vieillesse : par un processus fallacieux de division entre ce qui serait une entité pathologique, dont la science viendra à bout, et le vieillissement « réussi » donc inexistant.

Ce cadre de réflexion étant posé, il nous sera possible d’appréhender les catégories de bientraitance, les éléments classificatoires de la nouvelle version du DSM…

Le discours officiel sur la question consistant quand même à ne pas traiter les vieillards comme des égaux mais comme des malades potentiels qu’il faut traiter préventivement.