Inventée par Freud, la “névrose obsessionnelle” est vite devenue la pierre de touche de sa vision du “malaise dans la civilisation”. Mais elle relève aussi d'une très longue histoire, celle de la “civilisation des mœurs” et de la fabrique de l'individu comme type social. Elle résume les dimensions intérieures et psychiques du célèbre motif développé par Norbert Elias. Obsessions et compulsions exprimeraient la maîtrise des pulsions poussée jusqu'à la folie. Envisageons-la donc du point de vue d'une généalogie de la conscience en Occident. Le destin de cette névrose et sa métamorphose, aujourd'hui, en “troubles obsessionnels-compulsifs” dont l'origine serait cérébrale, servira de fil conducteur: faut-il y voir un progrès majeur de la psychiatrie scientifique ou, bien plutôt, un révélateur des mutations historiques de notre intériorité morale ? Souffrons-nous des mêmes tortures mentales que la “maladie du scrupule” a révélé au 17e siècle, à la naissance de l'individu moderne, ou de modalités nouvelles et irréductibles des ravages qu'impose la contrainte inexorable à toujours plus d'autonomie ?
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Ithaque éditions
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