LAURA BOSSI
Les frontières
de la mort
Avec le développement des techniques de
réanimation et des greffes d'organes, la médecine
propose, à la fin des années 1960, une nouvelle
définition de la mort fondée sur la perte complète
et irréversible des fonctions du cerveau. Les critères
de la mort ne sont plus destinés à éviter d'enterrer
une personne vivante, cauchemar récurrent du
passé ; pour permettre le prélèvement d'organes
vivants, ils visent au contraire à anticiper la
déclaration de la mort.
Mais l'écart croissant entre l'offre et la demande
d'organes pousse aujourd'hui à brouiller encore
plus la frontière entre la vie et la mort. De nouveaux
protocoles sont mis en pratique, où le « don » est
planifié et intégré dans une « fin de vie médicalisée ». Par la décision de ne pas réanimer, un
mourant est déclaré mort après un arrêt du cœur
très court, et les organes sont prélevés. Médecine
technologique, geste de charité, ou transformation
du corps humain en ressource à exploiter ?