PROJET D’ARGUMENT POUR LA CRIEE 2005 – 2006
ET LE COLLOQUE des Vendredi 23 et Samedi 24 JUIN 2006
ENTRE DEUX RIVES
EXIL ET TRANSMISSION
La clinique témoigne de façon insistante et polymorphe de l’après-coup traumatique des massacres et génocides qui ont marqué le XXème siècle. La Shoah aura profondément et durablement atteint « l’espèce humaine », mais aussi les totalitarismes et enfin les guerres coloniales qui ont laissé des traces profondes de chaque côté de la Méditerranée.
Il s’agirait d’abord de prendre acte de crimes et de tortures qui pour certains restent encore déniés, sans pour autant fixer les sujets en souffrance dans une jouissance victimaire.
Même si les témoignages resurgissent, il n’en reste pas moins que la transmission s’avère difficile se heurtant à des déformations ou des « silenciations » de l’Histoire officielle.
Ce qui n’a pu être reconnu et symbolisé revient alors dans la souffrance du symptôme voire même dans des productions délirantes qui témoignent bien souvent de morceaux d’histoires encryptées sur plusieurs générations.
Le XXème siècle nous aura délestés de l’espoir fallacieux d’une communauté utopique réconciliée avec elle même, ce que Freud critiquait déjà dans « Malaise dans la Culture » quand il accusait le marxisme de prendre la relève du christianisme.
Mais nous nous trouvons aujourd’hui pris en tenaille dans une nouvelle aliénation :
D’un côté la novlangue de la mondialisation et le fétichisme de la marchandise sont en train de gagner toute la sphère de l’humain, y compris les relations thérapeutiques et la psychanalyse, avec comme maître-mots évaluation et transparence.
De l’autre, la montée irrésistible des communautarismes et des revendications identitaires où chacun serait renvoyé à son origine tenue pour fixe et immuable, voir référé à la religion monothéiste de ses ancêtres.
Cette dérive ne peut qu’assigner le sujet à résidence et le mettre en impasse en exacerbant les haines et les logiques guerrières qui sévissent bien au-delà des zones de conflits.
A rebours de cette tendance, la logique freudienne inviterait à faire le deuil de toute identité autoréférencée, bouclée sur elle-même ; l’origine alors s’avèrerait toujours fuyante, incernable, inappropriable.
Certes le sujet est toujours marqué de l’empreinte du premier Autre maternel, certes il est toujours pris dans une langue, une culture, une tradition. Mais le pari de la psychanalyse, celui que Freud soutient pour sa part comme « juif infidèle » viserait aussi un écart actif du sujet par rapport à cette tradition.
Des lors s’exiler de l’origine tout en gardant le contact avec cette origine figurerait le double mouvement incessant de toute transmission vivante et infixable.
Après tout l’invention de la psychothérapie institutionnelle n’a-t-elle pas été pas le fruit d’un surgissement créatif à partir d’une situation de catastrophe ?
Car le bannissement de Tosquelles à l’issue de la guerre d’Espagne et son accueil à Saint Alban pendant l’occupation nazie furent paradoxalement le creuset d’une émergence radicale.
Se tenir dans le fil de cette transmission, qui ne saurait se confondre avec un quelconque héritage, tel serait l’enjeu…