« Quelle différence y a-t-il entre un tailleur et un psychanalyste?
— Une génération. »
Introduire ce recueil collectif par un mot d'esprit permet de donner le ton
des trois niveaux d'étude qu'il propose autour d'un mot de la culture juive,
spécifiquement de la culture ashkénaze, afin de reconstituer le tissu d'une
mémoire transmise au fil des générations. Ce mot est le mot yiddish
shmattè (du polonais szmata, « tissu déchiré », « chiffon », « rebut ») qui
évoque le métier de tailleur mais aussi la fripe. A partir de ce mot et du
travail d'un artiste, Michel Nedjar, ancien tailleur de père en fils, qui crée
des poupées de shmattès, il sera question des langues, de l'identité, de leur
transmission dans l'émigration des juifs d'Europe de l'Est, de l'exclusion
et de l'antisémitisme. D'anciens tailleurs devenus écrivains parlent du rap-
port entre shmattès et écriture. Au travers de ce mot comme un mot de
passe au fil de soi, on interroge le tissu et le tissage de la mémoire.
Toujours sur le fil de la mémoire et de l'histoire d'une culture, la deuxième
partie du recueil aborde l'articulation du profane et du sacré dans les
occurrences et la dimension symbolique du tissu dans la Bible. Ne pas
mélanger les générations, loi au fondement de la structure de toute société
humaine et point de capiton de notre troisième niveau de recherche, le
shmattè devenu tissu social relance Rapproche psychanalytique de ce
signifiant, symptôme par excellence, reste de bouts de soi qui constituent
cependant encore une enveloppe. Shmattè fonctionne comme un schibboleth, au même titre que le paradigme du rêve ou la théorie du symptôme.