de 14 h 30 à 16 h les samedis 13 novembre, 11 décembre 2010, 22 janvier, 12 mars, 2 avril, 14 mai 2011. Ce séminaire est suivi de celui de Frédéric Yvan.
L’objet oral n’est ni le sein ni le lait maternel mais ce manque que l’enfant éprouve malgré la satisfaction de son besoin (sa faim, sa soif) et de sa demande d’amour (la présence de sa mère). C’est en transformant ce manque en « rien » que l’anorexique proteste contre l’écrasement de son désir par le gavage.
Même avant sa naissance, l’enfant est déjà pris dans les rets du discours de ses aînés, mais parfois aussi prisonnier d’un abîme de silence lorsque ses parents ne veulent rien savoir de sa venue au monde. En criant et en activant les zones érogènes de la bouche et des appareils respiratoires et digestifs, il tentera d’apprivoiser son manque d’objet, voire de le façonner comme un objet cause de désir. Ainsi commencera-t-il à s’insérer dans de concert des voix et des paroles des « grands », qui l’entourent. Mais il peut également refuser leur compagnie – pour partir vers une des formes de l’autisme.
Que reste-t-il des premières activités buccales, vocales et auditives du petit enfant ? Une approche très particulière du langage et de la parole où se mêlent le destin de sa pulsion orale et les réponses de sa mère à sa demande. Or, on sait qu’une mère ne parle pas à son enfant comme à tout le monde. Elle s’adapte à son petit ; elle lui propose une langue spéciale, chargée de ses joies, de sa jouissance mais aussi de ses frustrations à elle. À partir de ces échanges primaires entre l’enfant et sa mère s’engendre ce que Lacan a appelé lalangue, soit un idiome particulier à un sujet qui ne se réduit pas aux trois formes linguistiques – langage, langue et parole – distingués par le linguiste Ferdinand de Saussure. Par lalangue, Lacan ouvre le concept de l’inconscient à une autre dimension, celle de la jouissance : désormais, il ne se définit plus seulement par sa formule célèbre « l’inconscient est structuré comme un langage ». L’inconscient se laisse aussi attraper par les particularités formelles, stylistiques et rythmiques qui nous apprennent beaucoup sur ce qui s’est passé pour un sujet lors de ses premières rencontres avec l’autre maternel et l’autre du langage. On en trouve la théorie ainsi que des témoignages cliniques dans le livre de Geneviève Morel, La loi de la mère. Essai sur le sinthome sexuel (Anthropos, 2008). En forgeant l’expression de la « jouissance du bla-bla », Lacan tient compte du fait que l’être parlant utilise certes la parole pour communiquer mais qu’il sait aussi en jouir. La jouissance du bla-bla transforme sa parole, la ravale parfois, mais des poètes comme Joyce, Leiris, ou Beckett ont réussi à l’élever à la dignité de grands textes. Nous trouvons cette jouissance du bla-bla sous la forme de la « tchatche » dans notre société et sur le net où elle est réinvestie dans la communication.
Je commenterai donc cette année des parties du Séminaire Encore (Points essais, Seuil), mais aussi de son écrit contemporain L’Étourdit (in Autres écrits, Seuil), où Lacan a ouvert la fonction de la parole et le champ du langage dans deux directions, la fonction de l’écrit et le champ de la jouissance. Des exemples cliniques accompagneront ce commentaire. C’est en effet aussi grâce aux résonances de lalangue et de la « jouissance du bla-bla » dans les discours de ses analysants que le psychanalyste peut combattre des symptômes comme l’anorexie, la boulimie et les addictions orales. Ce séminaire sera, une fois de plus, ouvert aux interventions de participants. Elles pourront porter sur une observation clinique ou un texte psychanalytique, proposé dans une bibliographie au début de l’année.
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