Conférenciers :
"Crimes et fantasmes"
Catherine Chabert, psychanalyste, APF
"L’enfant criminel"
Au fond des ténèbres d’un fait divers
Nathalène Isnard-Davezac, psychanalyste, Quatrième Groupe - OPLF
Cet après-midi, nous poursuivons la réflexion sur le meurtre et l’inceste engagée lors des journées scientifiques de mars 2015. L’effroi produit par l’idée de l’inceste et du meurtre serait conjuré par la médiatisation des faits divers. Le rabattement du crime du côté de l’acte d’un fou, met paradoxalement à distance une réalité fantasmatique fondamentale. Il nous appartient de ne pas négliger la place essentielle de l’activité fantasmatique. Il nous appartient aussi de nous interroger sur notre réaction au fait divers, au-delà de l’effroi, de la sidération, de la fascination. De garder confiance en la psychanalyse, en somme…
Les deux conférences seront suivies d’un large débat.
Catherine Chabert a choisi deux figures de l’enfant, de l’enfance et de l’infantile, susceptibles de traiter dans la cure analytique les fantasmes d’inceste et de meurtre, celle de l’enfant battu et celle de l’enfant mort. Le fantasme « Un enfant est battu » constitue une des formes les plus achevées du fantasme d’inceste, édulcoré par la formulation moins choquante de « fantasme de séduction » alors que le contenu originaire du fantasme est habité par des amours incestueuses. Le fantasme de l’enfant mort va toucher la limite de la perte mélancolique. La potentialité mélancolique de la cure analytique peut révéler les liaisons de la passivité et de certaines représentations de la mort dont celle de l’enfant mort. L’action silencieuse de ce fantasme peut conduire à une passivité radicale, à l’extinction pulsionnelle, à un
effondrement narcissique, à la réaction thérapeu-tique négative.
Mais, quand le fantasme peut s’amarrer aux angoisses œdipiennes et quand la parole n’est pas mise à mort, l’activité psychique peut se réanimer
dans la profondeur de l’espace transférentiel, comme dans le jeu du fort-da.
Un fait divers qui a pris corps sous le signe du meurtre et de l’inceste a secoué d’effroi le Royaume-Uni à la fin des années soixante : les meurtres successifs de deux enfants par une fillette de onze ans, elle-même meurtrie dans son enfance. L’historienne Gitta Serény, obsédée par la question du mal et par celle de la rédemption a donné une résonnance accrue à l’événement en lui consacrant deux ouvrages à vingt-six ans d’intervalle. Le second, fruit d’une longue série d’entretiens avec l’auteur des deux meurtres, est une quête pressante pour remonter aux origines causales, obscures et énigmatiques du crime. Cette investigation tenace, si humaniste et respectueuse soit-elle, dans les moindres replis d’un infantile jusque-là défendu contre le retour d’affects intolérables, interroge le psychanalyste.
Ce sont les questions que la passion « militante » de l’auteur, sa mise en tension entre pulsion épistémophilique et transfert(s) que Nathalène Isnard-Davezac abordera.
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