Jean-Paul Valabrega (1922-2011) fut l'un des psychanalystes les plus importants du mouvement psychanalytique français. Il a occupé une place essentielle, tant par ses travaux que par sa présence et son influence dans la formation de beaucoup d'entre nous.
Son œuvre, au carrefour de la psychanalyse, de la philosophie et de l'anthropologie, a couvert un vaste champ allant de l'étude des maladies psychosomatiques et de la relation médecin-malade à la construction d'une anthropologie psychanalytique. Elle culmine avec la publication d'un livre majeur pour le renouvellement de la théorie psychanalytique : "Phantasme, Mythe, Corps et Sens" (Payot 1980). Mais son travail, tout en se centrant sur les relations particulières entre mythe et phantasme dont l'élucidation est un des éléments majeurs de toute cure analytique, s'est déployé aussi en direction des questions posées par la formation de l'analyste.
C'est à luil que l'on doit notamment une théorisation rigoureuse d'un point essentiel de la formation de l'analyste : la pratique du contrôle, aujourd'hui désigné plus couramment par le terme de supervision ("La formation du psychanalyste", Payot, 1994). Cette théorie, l'analyse quatrième, a influencé directement et indirectement, implicitement ou plus explicitement, nombre de psychanalystes français, au-delà de leur appartenance à telle ou telle institution analytique. Car ce fut aussi l'une des originalités de Jean-Paul Valabrega d'avoir attiré l'attention sur les maladies institutionnelles des sociétés d'analyse, en insistant constamment sur leur caractère délétère pour la psychanalyse elle-même. C'est à l'homme libre dont l'esprit critique a nourri notre propre réflexion que nous voudrions rendre hommage, au cours de cette journée qui lui est consacrée.