Programme des XVIIIèmes Rencontres de la CRIEE
Psychiatrie, Psychanalyse, Psychothérapie Institutionnelle
Les 09 et 10 juin 2023 en lien avec les CEMEA
Centre des Congrès de Reims
Résister à la destruction
Transmettre l’inestimable des soins psychiques
La pandémie aura fort perturbé nos existences et notre capacité à offrir une hospitalité inconditionnelle aux patients, à accueillir leurs moments de détresse et de folie. L’hygiénisme aura trouvé un prétexte pour se renforcer et réduire les contacts sensibles entre patients et soignants dans les Collectifs de soins. La protection contre l’épidémie et la contamination était évidemment justifiée, mais force est de constater l’aggravation des conditions de création de la vie quotidienne dans les lieux de soin. Toutes ces restrictions sont venues rencontrer un vécu de catastrophe de la psychiatrie, sans pour autant susciter les réponses nécessaires en termes de refondation d’une politique de secteur psychiatrique. Dans le même temps, le désir soignant aura été mis à mal par cette épreuve où chacun se sera confronté à l’angoisse de mort et à la tentation du repli sur la sphère privée. Ceci alimente les départs de médecins, de soignants de tous métiers, et génère une sorte de désaffection à l’égard de la psychiatrie et des pratiques de soins psychiques. Il s’agit donc en premier lieu de résister à cette destruction, de « rester vivants » (Winnicott). En témoigne la multiplicité des mouvements de soignants, de psychologues, de patients et de familles qui ne cessent de s’insurger pour soutenir la possibilité de soins psychiques, dégagés de la normalisation autant que du sécuritaire. En mars 2022 la tenue d’« Assises citoyennes du soin psychique » par le Printemps de la Psychiatrie, le Collectif des 39, l’Appel des Appels, avec les CEMEA a constitué une nouvelle étape de cette mobilisation.
Ces pratiques des soins psychiques s’inscrivent dans la suite d’une longue expérience marquée d’abord par la découverte freudienne de l’Inconscient, puis par la recherche autour des thérapies des psychoses, avec l’élaboration de la Psychothérapie Institutionnelle et du désaliénisme depuis la deuxième guerre mondiale. Nous savons aussi que cette expérience ne saurait se capitaliser comme une valeur marchande, mais suppose une transmission permettant réappropriation et réinvention permanentes. Ces pratiques ont souvent vu le jour à contre-courant de leur époque, au pire de la guerre et de « l’extermination douce » des malades mentaux. L’effondrement que nous traversons n’est pas de même nature et s’alimente de « la nouvelle raison du monde » néolibérale. A l’inverse de la temporalité freudienne de l’après-coup, tout nous pousserait à une course en avant et à une mise en concurrence effrénées. De fait, cela se traduit par la mise à l’écart des patients les plus souffrants, par l’accélération de « prises en charge » se résumant souvent à des prescriptions médicamenteuses, d’où une perte de sens généralisée. Nos pratiques de Psychothérapie Institutionnelle témoignent de la possibilité de faire autrement et, dans les Collectifs qui résistent à l’air du temps, de construire des moments d’accueil et d’hospitalité avec les patients. Dans les clubs thérapeutiques, mais aussi dans les interstices des institutions, nous arrivons encore à susciter des rencontres aléatoires et inespérées, qui se révèlent de solides points d’appui pour nous tenir debout et effectuer une traversée. Nos dispositifs vivent actuellement des turbulences qui témoignent de leur précarité, mais aussi de ce qu’ils ont de plus précieux - ce qui ne saurait se confondre avec la nostalgie et la fétichisation des anciennes trouvailles. Ce caractère inestimable des soins psychiques nous avait poussés à fonder la Criée contre les folies évaluatrices qui depuis ont fait des ravages. Contre tous les empêchements à désirer que nous offrent généreusement les protocoles et les « prêt-à-penser » opposables et traçables, nous voulons continuer à soutenir un double mouvement de résistance et de création de formes nouvelles, nécessaires à l’accueil du tout autre, de l’étranger, de l’inquiétante étrangeté de la Folie.