En repartant de ses deux derniers livres, La mort donnée (Paris, PUF, 2011) et Au péril de l’ordre (Paris, Odile Jacob, 2014), Sophie de Mijolla-Mellor nous propose une réflexion conjointe sur l’ordre et l’autorité en partant de l’hypothèse que le premier existe avant et sans l’autre, laquelle peut parfois à l’inverse générer à terme le désordre. Une analyse des mécanismes psychologiques en jeu dans la construction de l’aliénation au leader occupe une place importante dans cette étude qui s’appuie en bonne partie sur l’histoire de la montée du nazisme.
L’approche est pluridisciplinaire - philosophique, littéraire et historique notamment - mais surtout psychanalytique, donnant à ces trois notions abstraites - ordre, autorité, confiance - leur épaisseur affective telle que l’expérience clinique peut la dévoiler chez l’individu et telle qu’on peut la penser à un niveau collectif à partir des témoignages historiques. Un perpétuel va et vient entre l’individuel et le collectif donne ainsi la mesure de la capacité des notions de la psychanalyse d’être utilisées hors du domaine de la cure.
La discussion introduite par Sydney Levy et Ségolène Payan, soulignera que la psychanalyse est en mesure d’apporter un regard pertinent sur le sujet et la société là où l’actualité nous montre des foyers de révolte et donc de changements potentiels qui s’allument brièvement ou durablement un peu partout. Ces situations répondent à un besoin de changement vers un nouvel ordre allant précisément dans le sens de cette justice que l’ordre actuel semble ignorer tout autant qu’il donne pour dépassées les valeurs du passé, y compris ce que l’Histoire peut nous apprendre.