Non sans humour

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Laurent Le Vaguerèse

Non sans humour

Tout d'abord, je tiens à vous remercier tous d'être ici les jeunes et les plus anciens. Certains sont venus de l'étranger. C'est le cas de deux des intervenants au colloque Adrian Ortiz et Jean-Paul Gilson. C'est assez souligner que cette affaire des transcriptions du Séminaire de Jacques Lacan dépasse le cadre du cercle des analystes parisiens.

Quand j'ai pensé à cette introduction, des souvenirs me sont revenus bien sûr. Comment faire autrement ? J'ai pensé d'abord à une certaine escapade à Rome pour l'anniversaire du « Discours de Rome », la grève des trains en Italie qui nous laissa en rade une bonne partie de la première journée et la voix tonitruante de Lacan entonnant « La troisième… c'est l'titre » Je l'ai encore dans les oreilles. Et celle de mon analyste qui me glissa en sortant « il nous enterrera tous » Il avait heureusement tort car nous voici nous vivant à tenter de nous débrouiller avec son enseignement et lui absent. Ce qui n'est certainement pas une chose simple

Cela nous change un peu de l'air du temps, ou il semble bien, si j'en crois les échos récents, que devant la complexité du monde qui nous entoure, devant la complexité du comportement de l'être humain, la tentation soit grande d'aller vers le simple voir le simpliste. C'est sûr que si tout était simple, nous n'aurions certainement pas à nous casser la tête à lire Lacan et à essayer de comprendre ce qu'il a bien voulu nous transmettre.

Dans la salle il y a des gens excellents, des lecteurs scrupuleux et savants de l'œuvre de Lacan. J'en attends comme vous sans doute beaucoup, j'attends, comme toujours, qu'ils m'enseignent

Comme vous le savez, la publication des séminaires de Lacan est une affaire à rebondissement, une affaire tordue que dans ma naïveté de jeune analyste je pensais autour de 1974 très simple à résoudre. Nous arrivions, moi et les jeunes analystes ou futurs analystes- ceux qui ont aujourd'hui la tête chenue alors que nous n'étions alors que des blancs-becs n'oubliez pas cela - avec notre désir de connaître les épisodes précédents. Le séminaire de Lacan se tenait depuis un certain nombre d'années déjà – 20 ans !-, pourquoi fallait-il attendre les calendes grecques pour en prendre connaissance et si possible sans nous ruiner ? à l'époque les polycopiés (lorsqu'ils existaient) coûtaient autour de 300 f le volume ce qui n'était pas exactement donné). Nous voulions aussi naturellement un minimum de fiabilité quant au contenu d'un enseignement qui déjà n'était pas réputé simple mais qui, de par la forme prise par sa mise par écrit, se révélait d'une obscurité rare. Comment et pourquoi se prendre la tête sur des énoncés qui peut-être n'avaient qu'un rapport lointain avec ce que Lacan avait dit et rendaient hasardeux toute interprétation à partir des dits polycopiés ?

L'affaire, vous le savez, ne s'est pas simplifiée par la suite et elle est devenue tellement inextricable, que si cela n'avait été le fait d'une certaine conjoncture, je ne m'en serai certainement pas mêlé.

Enfin, j'ai fait le choix de dire un jour sur oedipe, « chiche » à ceux dont Jacques-Alain Miller qui semblaient d'accord pour essayer une nouvelle fois de démêler cette pelote, avant que nous ne soyons tous morts. Hajblum à dit « et si l'on commençait par parler d'Encore » j'ai dit « allons-y ». Cela a pris en fait une autre tournure. Il fallait, si j'ose dire commencer par un certain commencement ; Évoquer les problèmes généraux que pose la transcription des séminaires ; Volontairement, je n'ai pas voulu y rajouter le problème de la traduction qui ajoute à la difficulté et j'ai choisi de faire d' « Encore » le point de convergence des exemples choisis.

Cette question de la publication de son séminaire, Lacan se la pose à l'évidence dans le décours d'« Encore » Il y en a de nombreux exemples. Je pense, si j'en crois son argument, qu'Erik Porge va développer ce point. Pour ma part j'ai réécouté la bande enregistrée du séminaire que S. Hajlblum et P. Valas ont eu l'amabilité de me passer. Et au fond, il nous donne quelques pistes. Quand il s'attarde sur la publication du livre de Lacoue-Labarthe et Jean-luc Nancy : « Le titre de la lettre » il plaisante en disant qu'il a été bien lu et que pour bien le lire, lui Lacan, à entendre comme mieux que certains qui me veulent du bien et me sont proches, ils lui dé-supposent un savoir. Mais enfin précisément cette dé-supposition suppose une supposition préalable et c'est la sans doute une des clés que nous fournit Lacan pour le lire : une posture qui alterne et hésite entre une supposition et une dé-supposition. Si cette posture est en effet comme un point de bascule possible lorsqu'il s'agit d'un écrit comme c'est le cas pour le texte de Lacoue-Labarthe et jean-luc Nancy texte basé sur la lecture de l'article de Lacan « l'instance de la lettre ou la raison depuis Freud » comment s'appuyer sur l'écriture d'un enseignement oral sans s'interroger sur la solidité de l'appui qui servira d'axe à notre basculement supposition/désupposition ? c'est sans doute l'un des points qui seront développés aujourd'hui sous divers aspects.

Mais enfin si l'écrit a ses avantages, ce n'est pas sans raison sans doute que l'essentiel de l'enseignement de Lacan fut oral. Et l'une des raisons en est sans doute la participation à cet enseignement de ceux que je nommerai ici « le public ». Lacan avait besoin pour enseigner d'un public. Il ressort en effet de l'écoute quelque chose que l'écrit ne traduit pas et ne peut sans doute pas traduire : une ambiance. Le séminaire est un spectacle, les propos en sont certes parfois fort ardus mais quand même on se marre. Lacan selon le mot de Jacques Nassif y fabrique du transfert. Le séminaire c'est une machine à fabriquer du transfert. On y vient aussi pour ça. Car la salle est faite de gens qui pour la plupart se côtoient, se connaissent, travaillent ensemble, s'aiment, se courtisent, se détestent, sont sur le divan de Lacan ou sur ceux de l'un de ceux qui assistent au séminaire – et chacun de guetter alors si Lacan va parler de lui, de sa cure, dire quelque chose de la vérité qu'il a en tant qu'analysant de Lacan lui-même tenté de dire à Lacan. Secret espoir toujours déçu ou presque bien sûr sauf dans l'illusion d'un détour de phrase entendue. Enfin tous ont en commun un réel plaisir à venir écouter Lacan. Il se donne en spectacle et le spectacle est bon. D'ailleurs quand le spectacle deviendra moins bon, quand le jongleur commencera à hésiter sur la corde à attraper et le nœud à nouer, le public se mettra à bouder. Début du désamour ? Les acteurs disent que la salle fait partie de la réussite d'un spectacle eh bien, la salle était bonne et l'humour, la séduction n'étaient certes pas absents des séminaires – l'étaient-ils d'ailleurs jamais chez Lacan ? Ainsi, si nous devons viser à quelque chose ce n'est sûrement pas d'ajouter aux propos que nous tiendrons durant ces deux jours quelques rires enregistrés comme il est de mise aujourd'hui, mais que l'humour et le plaisir d'être ensemble ne déserte pas ces lieux.

Voilà, j'en resterai là pour l'instant, mais bien entendu je reprendrai la parole plus tard et j'espère que la tribune ne fera pas barrière et que la parole circulera entre nous.

Vous trouverez sur la table de la libraire tout ce que nous avons pu rassembler concernant les séminaires. Ce que vous ne trouverez pas eh bien la Michèle Ferradou, la libraire de « la terrasse de Gutemberg » que je salue au passage, vous renseignera sur la raison de l'absence des ouvrages recherchés. Certains nous ont été refusés, d'autres sont introuvables ; Pour ma part je n'ai rien écarté.

Je voudrais enfin remercier Marie-claude Labadie qui s'est occupée de la librairie et d'Irène Aguerre qui va filmer tout ça ainsi que tous ceux qui m'ont aidé dans cette tâche en particulier mes proches qui ont été largement mis à contribution.

Pour commencer donc je passe tout de suite la parole à Jean Allouch. Je serai président de séance tout au long de ces journées et serai assez strict sur les temps de parole afin que nous puissions prendre, entre les exposés, le temps de souffler, de nous parler et de discuter.