Chat ! Meurtre et enquête sous psychanalyse.

Chat ! Meurtre et enquête sous psychanalyse

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Pierre-Georges Despierre : « Chat ! – Meurtre et enquête sous psychanalyse » L’Harmattan - Coll. Rue des écoles / Littérature – 108 p. 13 €

 

Un notaire bohème, névrosé et pantouflard découvre l’infidélité de sa femme et quelques jours plus tard la mort de l’amant de celle-ci, son rival, en regardant la télévision. Trouble et dépression. Déboussolé, il entame une psychanalyse, participe à l’enquête, se métamorphose en Sherlock Holmes. Séances après séances apparaissent des symptômes tant psychiques que somatiques. Il ne lâche pas pour autant l’enquête. Son analyse va l’aider à y voir clair. Petit à petit, l’idée d’un meurtre se précise. A première vue, un labyrinthe dont on ne connaît pas la sortie.

Outre le sentier des séances avec l’analyste, les rêves, les peurs, on côtoie la petite vie d’un petit immeuble parisien où chacun a ses manies, les petites histoires du quotidien, le ravalement de la façade, le petit monde de l’échafaudage, entre la vaisselle, les soirées télé, les potins du voisinage, le marivaudage des relations conjugales et des obsessions amoureuses. Quelques accents kafkaiens, ce n’est pas non plus pour rien que le personnage principal est notaire, celui qui enregistre les évènements de la vie et qui les met en archive.

L’intrigue de ce roman a ceci de particulier que sa trame interagit avec la fréquentation d’un psychanalyste. Qu’est ce qui pousse, au sein de cette intrigue, le personnage principal à entreprendre une analyse et à traverser les couches de sa psyché ? Voici un polar dont le levier principal est la psychanalyse. On découvrira au fil des pages que le processus analytique a des parfums d’enquête policière. C’est la raison principale qui a poussé l’auteur, analyste, à écrire ce roman. Une manière inédite de faire connaître l’art freudien par un biais différent des canaux habituels.

Une cure analytique peut être la traversée d'un « cas » sans être forcément un cas psychopathologique. On se rend compte ici que la psychanalyse s’apparente au travail d’un détective. Ce n’est pas pour rien que Lacan a écrit sur la lettre volée et sur le vol de la lettre. On s’aperçoit aussi que les théories ne sont pas des vérités immuables et que les métaphores sont aussi un moyen de donner vie à la théorie. Un peu comme le titre de la chanson de Stromae « Papaoutai », un condensé de psychanalyse.

A travers ces pages qui ne sont pas nombreuses, une démarche originale, sorte de polar-thérapie à la marge du ron-ron de l’establishement de la discipline. La boite à outil de la psychanalyse permettant ce genre de récréation créative. Un jour où l’autre les analystes finissent par faire autre chose que de la psychanalyse. Ce livre a la propriété d’être un cas clinique déguisé en roman policier pour faire comprendre à un public pas forcément averti ce que c’est que la psychanalyse. Il ne vous gâchera pas vos vacances.

 

Pierre-Georges Despierre est écrivain, psychanalyste, attaché d’enseignement à la faculté de médecine de Paris XII, photographe spécialisé dans les espèces en voie de disparition.

 

Anne Djamdjian

23.06.2018