L'obstination. Questions de caractere.Adele Van Reth et Myriam Revault d'Allonnes 

obstination

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L'obstination. Questions de caractère. Éditions Plon.2014

Ce petit essai, le troisième, paru dans la collection « Questions de caractère » qu'édite conjointement France Culture et les éditions Plon a le mérite de nous introduire philosophiquement à une notion ambivalente, relevant du sens commun, qui semble a priori « étrangère au corpus philosophique classique ». Notion tantôt valorisée quand l'obstination est entraînée du côté de la persévérance de la capacité à construire et à réaliser, tantôt au contraire dévalorisée, elle est alors ramenée à l'aveuglement et à l’échec ( la fameuse obstination dans l'erreur ...)

Myriam Revault d'Allonnes nous invite avec beaucoup de bonheur à travailler cette ambivalence, cet « ininterrogé » car, pour elle, « travailler ainsi de façon décalée, latérale, c'est faire de la philosophie ».

Si pour elle l'obstination est affaire de désir, encore faut-il se demander si le désir est le signe du manque, comme l’affirme une certaine psychanalyse, ou s'il est une opacité qui s'oppose « à la rationalité et à la clarté de la connaissance », voire même, comme dans une tradition stoïcienne le soutient, s'il est « une dépendance contraire à la tranquillité de l'âme ».

L'auteur nous entraîne d'abord à une réflexion à partir de Spinoza en se demandant si l'obstination peut être réduite à un défaut de connaissance. Elle souligne que pour ce philosophe l'obstination qu'il nomme « persévérance » relève d'une notion fondamentale qu'est le conatus1 soit « cette puissance, cette énergie propre à chaque être » qui se déploie « et s'investit dans une gamme très vaste, entre un minimum (seuil de passivité extrême) et un maximum d'activité » ; En ce sens « le conatus n'est rien d'autre que l'effort du désir (qui est notre être même) pour persévérer dans l'être et ainsi augmenter la puissance d'exister et d'agir de l'être humain ». Notons que pour Spinoza le désir n'est pas pensé comme un manque mais comme une puissance. Myriam Revault d'Allonnes souligne alors que "le désir n'est pas subordonné à la valeur de la chose désirée, mais il est à l'origine de la valeur que nous attribuons à la chose. Ainsi comprise, l'obstination est persévérance et elle sera lue de manière positive. »

Elle en conclut qu'« entre persévérance et obstination se joue une sorte de différence éthique : la première serait du côté de la possession par l'homme de sa puissance d'agir, par la présence en lui d’idées adéquates de la réalité. La seconde serait du côté d'une incapacité ou faiblesse -liée à des représentations inadéquates- qui séparent l'homme de sa puissance d'agir ».

Pour approfondir cette réflexion sur l'obstination Myriam Revault d'Allonnes se tourne vers Machiavel qui développe une réflexion sur la composante temporelle de l'action en insistant sur la pluralité des temps, ce qui implique une conception du politique comme « art de l'accommodement à autrui, aux conjonctures et à soi-même, qui demande tantôt de faire preuve de prudence, tantôt d'être impétueux »

Avec Max Weber elle s’intéresse à l'opposition entre l’éthique de conviction : celle de l'homme obéissant à des conditions morales sans s'occuper des conséquences et l’éthique de responsabilité qui envisage les conséquences possibles des décisions qui doivent être prises.

Antigène fait l'objet d'un développement intéressant qui aborde le « tragique de l'action » car « on ne peut pas choisir toutes les options à la fois. Il faut sacrifier certaines issues, il faut même parfois sacrifier certaines valeurs…….L'action est partiale et partielle » et parfois indécidable. Or « Antigone est aussi obstinée et aveuglée que l'est Créon dans sa propre perspective ». On est dans le face à face de l'éthique de conviction et de celle de responsabilité ; toutes deux pouvant se rencontrer dans la même passion de la démesure.

Sont ensuite successivement abordées : la question de l'acharnement thérapeutique comme obstination déraisonnable qui « ne peut pas être laissée à l'arbitraire des individus, notamment des proches », mais doit être réglée par une instance publique. Puis celle de « l'enfant obstiné qui n'a pas intégré que la satisfaction , très souvent, doit être différée » : il lui faudra comprendre que son désir rencontre un autre désir et qu’il n'a pas simplement en face de lui « un objet mais un sujet qui au départ le considère comme un objet » .

Dans sa conclusion, poussée par son intervieweuse, elle insiste sur l’intérêt à avoir davantage d’obstination « en ce qui concerne notamment la résistance à la banalisation de certaines idées »

« Rappeler qu'un certain air du temps n'est pas une fatalité » est un let-motif qui traverse cet entretien à la fois brillant par le nombre et la diversité des thèmes abordés, facile à saisir grâce à la clarté de l'exposition. Il y a là matière à se réconcilier avec la philosophie à une époque où les pouvoirs, sous différents cieux, essayent d'en réduire la place dans l'éducation. Myriam Revault d'Allonnes nous montre avec beaucoup de brio le plaisir qu'il peut y avoir à interroger et penser le monde.