Guerre économique et guerre psychologique

Olivier Labouret est médecin psychiatre en hôpital public. Il est président de l'Union syndicale de la psychiatrie, membre de la Ligue des droits de l'Homme et du conseil scientifique de l'Association pour la taxation des transactions et l'action citoyenne (ATTAC).

décembre 2005 : se saisissant d'un fait divers, le chef de l'État français proclame le grand tournant sécuritaire de la psychiatrie. Car la crise économique historique ayant déferlé sur le monde quelques mois plus tôt nécessite
coûte que coûte de changer les comportements et les mentalités.

9 Juillet 2011 ; annoncée par le discours présidentiel, la loi relative « aux droits et
à la protection » des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques ouvre
enfin la possibilité de traiter de force à domicile quiconque manifesterait
un trouble. Liberté d'aller et venir, sûreté, inviolabilité du corps humain, les droits
humains fondamentaux se trouvent bafoués par une réforme dangereuse
remettant en cause profondément la confiance des patients et la déontologie
des soignants.

À l'heure où une politique d'austérité généralisée vient répondre à l'emballe-
ment insensé du système économique, le contrôle social de la « santé mentale »
des populations est ainsi assuré par la peur de la folie et de l'exclusion. Voilà
comment la psychiatrie publique, dévoyée par le pouvoir en place, est en train
de devenir l'instrument d'une persécution d'État. Parce que l'ordre mondial
néolibéral a besoin d'un homme invulnérable pour prospérer, toute déviance
comportementale ramenée à une défaillance individuelle doit être prévenue et
traitée par la science médicale. Aujourd'hui plus que jamais la guerre économique est une impitoyable guerre psychologique : profondément déshumanisant, le nouvel ordre psychiatrique est en marche. À nous d'enrayer sa folle fuite
en avant !
^

^ décembre 200 S : se saisissant d'un fait divers, le chef de l'État français pro-
^— clame le grand tournant sécuritaire de la psychiatrie. Car la crise écono-
mique historique ayant déferlé sur le monde quelques mois plus tôt nécessite
coûte que coûte de changer les comportements et les mentalités.

9 Juillet 2011 ; annoncée par le discours présidentiel, la loi relative « aux droits et
à la protection » des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques ouvre
enfin la possibilité de traiter de force à domicile quiconque manifesterait
un trouble. Liberté d'aller et venir, sûreté, inviolabilité du corps humain, les droits
humains fondamentaux se trouvent bafoués par une réforme dangereuse
remettant en cause profondément la confiance des patients et la déontologie
des soignants.

À l'heure où une politique d'austérité généralisée vient répondre à l'emballement insensé du système économique, le contrôle social de la « santé mentale »
des populations est ainsi assuré par la peur de la folie et de l'exclusion. Voilà
comment la psychiatrie publique, dévoyée par le pouvoir en place, est en train
de devenir l'instrument d'une persécution d'État. Parce que l'ordre mondial
néolibéral a besoin d'un homme invulnérable pour prospérer, toute déviance
comportementale ramenée à une défaillance individuelle doit être prévenue et
traitée par la science médicale. Aujourd'hui plus que jamais la guerre écono-
mique est une impitoyable guerre psychologique : profondément déshumani-
sant, le nouvel ordre psychiatrique est en marche. À nous d'enrayer sa folle fuite
en avant !