Village, visages
Agnès Varda et JR, Villages visages De l’émotion qui ne serait pas du pathos Quoi de plus difficile à définir que l’émotion et plus encore l’émotion esthétique ? Beethoven était extrêmement fâché contre Goethe qui lui avouait avoir « pleuré » en écoutant l’une de ses œuvres : « les artistes sont de feu, ils ne pleurent pas » [1] . Beethoven détestait les Viennois qui larmoyaient au concert, détestait ce sentimentalisme. Il voulait que l’on écoute et comprenne sa musique, que l’on ressente un autre type d’émotion qui ne relèverait pas du pathos mais inciterait à l’action...
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Chez nous Lucas Belvaux
/*--> */ Nul doute que ceux qui ont vu ou verront le film de Lucas Belvaux, Chez nous , n’en ressortent avec un trouble et des pensées nombreuses. La salle était bien remplie, dimanche dernier, à l’Utopia, et si quelques applaudissements ont éclaté à la fin, ainsi que des commentaires : « pas de ça chez nous ! », j’étais pour ma part trop affectée pour y prendre part et surtout pour adhérer à quoi que ce soit. C’est un sentiment de désolation, qui m’habitait. Je me sentais triste parce que je ne vois pas...
Silence de Martin Scorcese
Martin Scorsese, Silence Le nouveau film de Martin Scorsese, Silence, revisite des images bien connues, celles des films japonais de Mizoguchi, par exemple, celles des films de mission, et tout l’intérêt est de croiser des imaginaires pour repenser aussi bien les images et les représentations de la foi, que ce que le cinéma peut en montrer. Ce n’est pas une expérience différente de celle qu’un Tarentino proposait dans Django unchained , croisant les images du western et celles plus rares de l’esclavage, qui n’avaient jamais été rapprochées, et donnant à voir,...
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la la land
La la land , de Damien Chazelle (2017), un film éblouissant ? J’évite, par principe, de parler de films ou de livres que je n’ai pas aimés, me contentant de penser que je suis passée à côté d’une œuvre qui, tout simplement, ne m’a pas touchée. Cependant, quand un film est reçu avec une telle unanimité et des critiques aussi dithyrambiques, on peut oser quelques réserves. Ce que je préfère, dans ce film, c’est son titre qu’on peut entendre comme L.A, L.A land, le film de Los Angeles (L.A en anglais), et de son mythe, le refrain, lalala, des rêves et des chansons sentimentales et...
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Soirée difficile au Jean Eustache. Je savais que je n’aimerais pas ce film, mais puisqu’il est « plébiscité », qu’il reste à l’affiche tout l’été, qu’il n’y a rien d’autre à faire, je me décide enfin à aller voir La Tortue rouge. Cela commence à 19h40, en soirée donc, et la salle est cependant très animée par la présence de familles et d’enfants qui bruissent : bavardages et gazouillements charmants, papiers froissés, bonbons sucés, pop-corn qui craque sous la dent ! Légère angoisse, mais bon, ce n’est pas encore le film ! Générique, premières images et toujours la rumeur de voix et papiers...
christine angot
Christine Angot, Un amour impossible, 2015. Lire les critiques et polémiques autour de Christine Angot n’est pas très stimulant. On sent une violence ( cf. Le Figaro ) à laquelle on aimerait bien échapper et on a l’impression qu’il vaut mieux retirer ses pieds de ce terrain miné. Pourtant, c’est dans un élan tout spontané et naïf que j’allais dire combien j’ai aimé le livre Un amour impossibl e qui m’a même semblé un grand livre. J’avais déjà apprécié le dernier livre de Christine Angot, Une semaine de vacances , tranchant, presque intouchable de netteté, de...

Christine Angot, Un amour impossible

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comme un avion
Récréation : Comme un avion Pour une fois, tentons un texte bref, léger, pour un film qui nous mène en canoë, sans pesanteur. Le film de Bruno Podalydès est une comédie charmante, pleine d’un humour burlesque, à la Charlie Chaplin, de jeux de mots, situations étranges, regards keatoniens et personnages surréalistes dont on ne sait trop ce qu’ils font mais qui créent, avec quelques coups de pinceau, un univers poétique et claudiquant, tout bleu, pour échapper à la norme et à l’ennui. Le propos du film tient dans un prologue où l’on s’inquiète de savoir ce qu’est un « palindrome ». L’équipe au...
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la tete haute
La Tête haute, un film qui a un inconscient La Tête haute pourrait commencer à la fin du long travelling des Quatre cents coups : une course qui ne peut guère mener nulle part, sans horizon que le bureau d’un juge, les centres fermés, la prison. Mais le film d’Emmanuelle Bercot, bien qu’il fasse souvent penser à Truffaut, comme à l’archive de ces enfants difficiles que sont les Malony et les Doisnel, peinant sur une page qu’indéfiniment ils arrachent et froissent (L'Argent de poche ?), tragiquement appliqués et incapables de faire leurs « devoirs », ne fait pas de raccords. À l’inverse, c’est...
wang
Patrick Wang, In the family, 2011. Joey et Cody, deux hommes jeunes, élèvent ensemble Chip, six ans. Rebecca, la mère de Chip est morte à sa naissance et Cody, très affecté, a trouvé une consolation auprès de Joey. Avec Chip, ils sont devenus une véritable famille, et « Chip a deux papas ». Mais Cody meurt soudainement. Joey continue à s’occuper de Chip jusqu’au moment où la sœur de Cody lui annonce qu’elle est l’exécuteur testamentaire de Cody et qu’elle reprend Chip, traité en quelque sorte comme une partie de l’héritage, pour l’élever dans sa propre famille. C’est ainsi que se noue le...

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