Itinéraire d'une enfant maltraitée
La haine, l'amour la vie

Liliane Zylbersztejn

Itinéraire d’une enfant maltraitée. La haine, l’amour, la vie.

Préface de Philippe Grimbert.

Odile Jacob

 

L’histoire que nous raconte Liliane Zylbersztejn ressemble à un film d’horreur. En lisant ce récit autobiographique nos petits malheurs quotidiens apparaissent en regard absolument mesquins ; Chacune des étapes de sa vie, de sa naissance un peu avant la guerre à son retour en France et ce qui s’en est suivi, suffirait à marquer au fer rouge la vie de n’importe lequel d’entre nous.

 

Liliane Zylbersztejn a parcouru tout ce chemin et l’une des dernières étapes consiste dans ce récit destiné à nous transmettre quelque chose de sa force, de son optimisme. Car loin d’être une plainte qui nous rendrait plus pessimiste encore sur la nature humaine, le livre de Liliane Zylbersztejn nous donne encore davantage la force de nous battre chaque matin contre ce qui semble insurmontable.

 

Liliane Zylbersztejn est psychanalyste et l’on imagine que son parcours analytique l’a sans doute aidée à tenir bon mais, et nous y reviendrons, son livre est aussi et à première vue de manière paradoxale un plaidoyer pour la haine comme mode de défense.

 

Disons le d’emblée, ce livre n’est pas seulement destiné aux psychanalystes. Pour une fois une psychanalyste écrit de façon sensible un ouvrage destiné à tous les publics.

 

Une partie de son parcours lui a longtemps été cachée et elle reconnaît bien volontiers que tout ce qui concerne la personnalité de son père et ce que ses parents ont pu vivre avant sa naissance et tout de suite après celle-ci, ne peut qu’être une reconstruction. Mais n’en est-il pas toujours ainsi de nos souvenirs les plus lointains et sans doute de tous nos souvenirs ?

 

Est-il si difficile au fond de nous représenter ce que fut l’immédiate avant-guerre et cette fuite éperdue des juifs d’Europe de l’est devant la montée de l’antisémitisme et des pogroms alors que chaque jour nous voyons, sans nous y habituer, tous ces hommes et ces femmes qui fuient devant la guerre et échouent sur les plages de Grèce ou d’ailleurs et hantent les rues de nos villes.

 

Le père de Liliane Zylbersztejn venait de « là-bas ». et dès son jeune âge c’est le déchirement de ses parents qu’elle vit suivi de la disparition de son père. Éclate la guerre, l’entrée des nazis dans Paris. La fuite et la peur d’être juif beaucoup nous l’ont raconté. Elle est suivie pour elle d’une folle cavale qui la conduit dans le sud de la France puis en Suisse allemande où elle trouve un refuge précaire. Elle survit à tout cela. Par quel miracle pourrait-on s’interroger Au retour, elle n’est guère la bienvenue et joue les trouble-fêtes du couple de sa mère et de son amant.. De plus elle parle allemand et la voilà traitée par ses camarades de « boche » car c’est en Suisse alémanique qu’elle a vécu durant les dernières années de la guerre ! Mais son calvaire ne s’arrête pas là. Ignorée par sa mère, violée par son beau-père, comment survit-elle ? par la haine. Une haine qui la protège mais dont elle dira, et c’est cela sans doute le fruit de sa psychanalyse, qu’elle est un lien tenace une maîtresse dont il est bien difficile ensuite de s débarrasser.

Voilà. Le récit est court, tendu, sans apitoiement, sans larmes, sans propos inutiles et sans complaisance. Un livre pour nous donner du courage.

 

Laurent Le Vaguerèse