Humus

Marie-Jean Sauret est psychanalyste, membre de l’Association de psychanalyse Jacques Lacan (APJL), professeur de psychopathologie clinique à l’université Toulouse-Le Mirail.

L’idéologie scientiste qui accompagne le discours capitaliste
promet que la science rendra compréhensible tout ce que
nous aurions à connaître, que la technoscience fabriquera tout
ce dont nous avons besoin, et que le marché donnera accès à
tout ce qui nous manque. Dans ce contexte (mensonger) de
promesse de complétude, quelle est la capacité de la psychanalyse
– qui fait fonds sur le désir et le manque qui le cause – à
rester présente dans le lien social et à rejoindre, en se réinventant,
ce que Lacan appelait « la subjectivité de notre époque » ?
La mondialisation fabrique une nouvelle anthropologie – en
lieu et place de celle qui fonctionnait à l’autorité, symbolisée
par le père pour le névrosé. Cette anthropologie pousse celui
qui se laisse formater à se penser comme une machine performante
: les dysfonctionnements se substituent à la psychopathologie,
et la frustration à la loi du désir, excluant les « choses
de l’amour ». Certes la psychanalyse fournit, avec sa théorie du
lien social, les moyens de cette analyse. Mais est-ce que vaut
toujours la solution par le symptôme, que les sujets avaient su
inventer pour sauver, certes, chacun à sa façon, leur singularité
de la voracité de l’Autre ? Grâce à elle, ils réussissaient leur
inscription dans une communauté humaine. A quelle condition
la psychanalyse saurait-elle aujourd’hui encore renouer avec
« l’effet révolutionnaire du symptôme* » ?
* Jacques Lacan, « L’acte psychanalytique », Autres écrits.