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Las Corrientes
Las Corrientes
Lina, 34 ans est une styliste argentine au sommet de sa carrière. En Suisse pour recevoir un prix prestigieux, elle se jette sans raison apparente dans un fleuve. De retour à Buenos Aires, elle garde le silence sur cet épisode. Pourtant, de façon presque imperceptible, quelque chose en elle a changé. Une peur de l’eau s’installe, insidieuse, et finit par paralyser son quotidien. Peu à peu, ce bouleversement intérieur fait remonter à la surface un passé qu’elle croyait à jamais enfoui.
Oui, il n’est pas indifférent, quand nous allons au cinéma, que la psychanalyse soit ou non le fait de notre pratique quotidienne. Pour ma part, j’évite soigneusement les films qui se veulent psychanalytiques dans leur thème ou leur inspiration même si la grande époque hollywoodienne où ces thèmes étaient souvent présents est largement derrière nous. Mais c’est précisément pour cette raison, que nous pouvons les regarder aujourd’hui comme des curiosités ou pour notre simple amusement. Leur côté caricatural nous instruit cependant des effets délétères que le passage de la psychanalyse dans la culture populaire peut avoir. Aujourd’hui, il suffit d’observer ce qui se produit en psychiatrie où fleurissent les diagnostics envahissants que sont les enfants dys, les hauts potentiels, les bipolaires, et autre pour s’en convaincre.
On a pu dire le plus grand bien ici même, de la série « en analyse » diffusée il y quelques temps à la télévision. Pour ma part, même si je crois avoir entendu dire qu’il s’agissait d’une réalisation de qualité, je ne l’ai pas regardé, ne voulant pas prolonger ma journée de travail au-delà du raisonnable.
En tant que responsable du site, on m’invite parfois à des avant-premières de films dont le sujet est susceptible de m’intéresser et dans le but avoué est que j’en fasse la promotion. C’est le cas pour ce film argentin qui ne manque pas d’intérêt. La réalisatrice qui était présente à cette projection a indiqué avoir en quelque sorte reconstitué l’ensemble de la vie du personnage principal du film pour s’en faire une idée plus juste. Si l’on comprend bien, elle a vécu avec son personnage central tout au long de la réalisation de son projet, de sa conception aux derniers moments du montage final.
Lecteur, nous vivons parfois durant notre lecture d’un roman avec les personnages dont nous avons parfois du mal à nous séparer. Fort heureusement, ce n’est pas à un récit biographique auquel nous assistons mais à un moment de désarroi de cette jeune et jolie femme témoignant sans doute d’un trouble plus profond, tout aussi incompréhensible à elle qu’a son entourage.
Tout pourtant semble participer à son bonheur. Une réussite professionnelle éclatante soulignée par la remise d’un prix à Genève, un mari agréable et bien sous tous rapport, une fillette adorable, un environnement professionnel soutenant. Bref tout semble lui sourire mais c’est précisément peu près la remise du prix qui souligne sa réussite professionnelle qu’elle jette à la poubelle la statuette qu’elle vient de recevoir et se jette d’un pont sur le Rhône. On peut même dire, en donnant à cet acte incompréhensible sa véritable dimension de passage à l’acte, qu’elle est littéralement jetée du haut de ce pont par une force qui la met hors d’elle-même. Comme elle s’en sort malgré tout, on la voit revenir dans son hôtel en portant dans un sac poubelle l’ensemble de ses affaires, comme séparée d’une part d’elle-même.
En voyant ce film j’ai eu le sentiment de recevoir une patiente venue pour un premier entretien. Elle ne comprend rien à ce qui lui arrive, et personne autour d’elle ne comprend bien entendu son comportement.
Pour un analyste recevant pour la première fois cette jeune femme la seule évidence serait d’entendre sa détresse et son désir de dire. Je n’y comprends rien vous non plus parlons-en.
Durant la projection j’ai eu le sentiment de voir naitre en moi un transfert assez semblable à celui que j’aurai pu éprouver en recevant la jeune femme incarnée par cette actrice. Et même si l’image finale semble dire que la crise se résout d’une façon positive, l’impression est bien qu’il s’agit là plutôt d’un happy end destiné à rassurer le spectateur et lui permettre de soulager la tension qu’il a pu ressentir tout au long de ce film.
Je serai curieux de savoir si mon impression est partagée par ceux d’entre vous qui verront ce film tout à fait intéressant par ailleurs dans sa conception même.
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