"La loi de Téhéran" et "Drive my car"

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Drive my car

« Drive my car » et « la loi de Téhéran. »

 

Cette rentrée cinématographique me semble être dominée par deux films ; « La loi de Téhéran » de Saeed Roustayi

https://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19590055&cfilm=273179.html

Et « Drive my car » de Ryusuke Hamaguchi qui a été récompensé à Cannes et fait l’objet de tous les éloges.

https://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19593360&cfilm=293106.html

 

Concernant le premier, si le réalisateur m’est inconnu, ce n’est pas le cas de l’ensemble des cinéastes iraniens de la jeune génération qui à la suite du génial et trop tôt disparu Abbas Kiarostami font honneur à cette profession. Et le film est en effet tout à fait remarquable par sa capacité à se jouer de tous les pièges habituels à ce genre de film supposé être un film policier et qui se révèle une excellente réflexion sur la politique de lutte contre la drogue dans un pays où règne bien sûr la corruption mais où surtout se confirme une nouvelle fois que l’on ne saurait lutter contre ce fléau par une intensification de la répression. De même que l’on n’apporte pas la démocratie avec des chars, comme le soulignait déjà Jacques Chirac (paix à son âme) on ne résout pas la question de la drogue avec des solutions simples qu’elles soient laxistes ou répressives, le résultat se révélant sensiblement le même.

 

Pour ce qui concerne « Drive my car » le premier obstacle à franchir concerne sa durée. Trois heures enfermés dans une salle de cinéma pourvu du masque obligatoire et du pass sanitaire dans des conditions de confort et de climatisation pas toujours optimales, n’est certainement pas à négliger.

 

Une fois cet obstacle franchi on est confronté à un cinéma qui affiche son ambition et sans doute parvient-il en partie à y satisfaire, mais à mon sens pas totalement.

 

Le drame se joue donc à 4 personnages plus l’un en plus comme dans un cartel, le chauffeur de la voiture une femme dont l’histoire se révélera assez semblable ou du moins complémentaire de celle qui nous est contée.

 

Le personnage central est un metteur en scène qui doit monter lors d’un festival « Oncle Vania » d’Anton Tchekhov. Les deux autres sont sa femme disparue deux ans plus tôt, l’amant de celle-ci et enfin la troupe des acteurs qui tous parlent une langue différente, ce qui n’est évidemment pas un hasard. Parmi eux, une jeune femme qui s’exprime uniquement dans la langue des signes ce qui donne un charme certain à ses apparitions.

 

Je n’insisterai pas sur les qualités du film qui sont louées à juste titre par l’ensemble de la critique mais plutôt sur ses défauts. Le premier tient à la prestation peu crédible de l’acteur qui incarne l’amant. La seconde tient au caractère fondamentalement intellectuel du propos. Dans une des scènes le metteur en scène voyant jouer deux actrices remarque qu’enfin il se passe quelque chose entre elles qu’il s’agit à présent de faire partager au public. Or c’est précisément ce qui, me semble-t-il, manque au film.

 

S’agissant de la réflexion, elle porte sur deux points, la question de la vérité et celle de la culpabilité. Malgré des preuves qui s’accumulent et que l’on met volontairement devant ses yeux de façon de plus en plus incontournable, le personnage central refuse de les voir. Il en résulte un drame que l’on ne révélera pas mais qui va hanter ce dernier.

S’agit-il d’un manque de courage ? En fait il s’agit bien plutôt d’une situation dans laquelle la perversion joue son rôle. Ne pas reconnaître la vérité c’est vouloir maintenir la jouissance liée à la situation du voyeur, situation dans laquelle chacun sait que l’autre sait mais qui doit rester non dite. En parler c’est rompre le charme, situation dans laquelle il n’y a aucun retour. Un instant suffit pourtant, un échange de regards dans un miroir, et le voyeur se voit démasqué sans aucune possibilité de retour en arrière.

 

Faut-il aussi noter la question du deuil comme l’un des thèmes du film. Elle nous est, à juste titre proposée, comme étant liée à l’acceptation d’une perte de quelque chose de soi comme nous l’a si bien fait entendre Jean Allouch.

 

Je n’en dis pas davantage, car je m’en voudrais de vous priver du plaisir de la découverte et j’espère vos propres commentaires

 

Laurent Le Vaguerèse